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Critiques / Théâtre

Université d’été

par Marie-Laure Atinault

Pédagogie délirante

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Ce soir le public va avoir le privilège de participer à une université d’été qui va lui donner les moyens de profitez de la vie et sortir de sa carapace. Grâce à Boris, élégant cadre dynamique, conférencier en « réussite individuelle » et Agnès, sa fidèle assistance, un poil guindé. Ils ont choisi une mise en espace décontractée : pas de pupitre mais deux fauteuils confortables et une table basse toute lisse, flanquée de deux lampadaires facétieux. Un appariteur, un peu benêt, croisement entre un Bourvil et un Deschiens, veille aux accessoires. Nous allons enfin tout savoir des Mégapodes, des scraphons et autres patchoukis. Le Mégapode est un rampant doté d’un million de pattes. Cette particularité physique n’est pas sans poser quelques problèmes. Grâce à un film bien plus fort que ceux que l’on voyait à l’école, plus palpitant que Le ver à soie, sa vie, son œuvre, plus drôle que La vie du père de La Rochefoucauld, plus inquiétant que Où sont passées les neiges d’antan, nous assistons à une projection consacrée à la « scraphonectomie », quelques scènes difficiles pour une fin heureuse.

Objet théâtral non identifié

Pour définir le texte de Lionel Goldstein Université d’Eté, Thierry Flamand parle d’un objet théâtral non identifié. La pièce est un décalage drolatique sur les conférences que nous avons tous subies, celles visant surtout à nous montrer à quel point nous ne savons rien. Boris le conférencier et la fidèle Agnès sont les tenants d’une nouvelle théorie. L’appariteur un peu maladroit, qui se fait constamment houspiller, apportera une saine contradiction. A l’instar de la table basse design, tout glisse vers un salutaire déséquilibre provoquant des fous rires roboratifs. Le spectacle qui met à rude épreuve les zygomatiques (muscles faciaux et non larve de mégapode comme disent les mauvaises langues) est très instructif.

Entre Jacques Tati, Buster Keaton et les Monty Python

La mise en scène de Thierry Flamand évoque tout à la fois un Jacques Tati et un Buster Keaton avec un zeste de Monty Python. Sur un plan incliné, Thierry Flamand orchestre avec jubilation ce monde qui suscite tant d’éclats de rire. Lionel Goldstein, qui a imaginé cette université à la pédagogie délirante, s’est réservé le rôle de Boris, le très sérieux conférencier qui a la foi d’un prédicateur. A ses côtés, la délicieuse Laurence Blasco est la brave secrétaire. Michel Musseau est l’impayable appariteur qui connaît le poids du zéro et de l’infini. Plus constructif que Le Larousse, plus dangereux qu’un saut à l’élastique, plus drôle que Pêche et Traditions, Université d’Eté est un petit bijou que l’on doit découvrir dans les profondeurs de Chaillot. Il est de notre devoir de vous conseiller de ne pas revêtir de couleur turquoise.

Université d’été, de Lionel Goldstein. Mise en scène de Thierry Flamand. Avec : Laurence Blasco, Lionel Goldstein, Michel Musseau. Théâtre National de Chaillot (studio). A 20h30 du mardi au samedi. A 15h le dimanche. Jusqu’au 12 mars. Tel. : 01 53 65 30 00.

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