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Critiques / Théâtre

Une Famille ordinaire

par Jacky Viallon

La douce et insidieuse banalisation de l’horreur

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La pièce débute sur une scène représentant un quotidien tranquille. Une belle-mère s’affaire en cuisine pendant que sa belle fille s’applique à mettre le couvert. Décor hyper-réaliste qui donne tout son poids à la lourde vérité qui va être déployée tout au long de la pièce. Il y a, malgré la légèreté de ce début, une pesanteur que l’on pressent malsaine. C’est adroitement rendu. On entre progressivement dans l’intimité et la tension. Les personnages affichent sans pudeur la dégradation dans laquelle ils sont entraînés. L’engrenage est en route. José Pliya use d’une dialectique plus qu’efficace. Nous avions récemment remarqué sa justesse à travers le spectacle Cannibales, au Théâtre national de Chaillot. On découvre ici une ambiance de suspicion qui n’est pas sans rappeler quelques dénonciations dont le théâtre de Brecht est quelque peu friand.

Des comédiens d’une véracité confondante

Elga, la mère, et Dorra la belle fille attendent leur mari respectif : Oskar et Juluis. Elles s’inquiètent de leur retard : ils sont partis au bureau de recrutement pour tenter de s’y faire engager. Malgré son handicap, Juluis est recruté alors que son père, considéré comme trop vieux, est délaissé. Le fils rejoint donc son corps d’armée pour vaquer à de vagues missions sans intérêt. Le père vit à travers son fils par procuration et il imagine que celui-ci participe à des actions héroïques. Le fait est qu’il finira par se rendre célèbre en exerçant une cruauté dont on apprendra le contenu à la fin du spectacle. On assiste à la descente aux enfers des personnages. Ils finissent par tolérer, banaliser puis accepter de participer à cette ignoble et aveuglante cruauté. La démonstration est d’autant plus efficace que les personnages apparaissent volontairement attachants au début de la pièce. Ils nous font éprouver une telle sympathie à leur égard que l’on en arrive presque à « excuser » leurs actes monstrueux. On assiste en fait à la banalisation de la sauvagerie. Le message de José Pliya passe intelligemment grâce à la mise en scène discrète et subtile d’Isabelle Ronayette qui met en valeur des comédiens d’une véracité confondante. Ce réalisme ne masque cependant pas l’authentique facture théâtrale. C’est ce que l’on appelle l’honnêteté intellectuelle.

Une Famille ordinaire, de José Plya. Mise en scène : Isabelle Ronayette. Scénographie : Anabel Vergne et Agnés Demaegdt. Cinéaste : Laurence Rebouillon. Lumières : Gildas Plais. Avec : Oskar : Johan Leysen, Elga : Chantal Garrigues. Julius : Romain Bonnin - Dôrra : Agnès Pontier. Véra : Denise Bonal. Du 13 janvier au 12 février 2006 à20h sauf ledimanche à 16h30. Relâche le lundi. Théâtre de la Tempête. Cartoucherie, route du Champ-de-manoeuvre, 75012 Paris. Location : 01 43 28 97 04.

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