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Critiques / Opéra & Classique

Turandot de Giacomo Puccini

par Caroline Alexander

Au plus près de la fable

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Coïncidence involontaire : l’Opéra de Toulon affiche l’opéra "chinois" de Puccini au moment même où sort sur les écrans La Cité Interdite, le film à succès de Zhang Yimou, formidable peplum asiatique sur le sort malheureux d’une impératrice du 10ème siècle. Pour qui s’est aventuré au cinéma, impossible de ne pas trouver de liens entre les deux thèmes et les deux réalisations, toutes proportions gardées quant aux moyens déployés : superproduction en termes de milliards pour l’un, petit budget artisanal pour l’autre. Reste l’approche et le désir de raconter une histoire dans son texte et son contexte. Car Jean-Louis Pichon, directeur de l’Opéra Théâtre de Saint Etienne, producteur et metteur en scène de l’opéra de Puccini présenté à Toulon, aime comme personne rester au plus près des fables qu’il monte.

Des dragons en veux-tu en voilà

Toute la panoplie des chinoiseries de gravures et peintures a pris rendez-vous en bandes dessinées manga dans les décors et costumes de Frédéric Pineau, débauche d’or, de pourpre et de blancheur, des dragons en veux-tu, en voilà, des escaliers en pente rapide, des coiffures en pièces montées, perles, strass et paillettes, des manteaux, des capes croulant de broderies et de brocarts d’opérette, des nacelles volantes où se balancent, pipe d’opium au bec, Ping, Pang Pong, les trois ministres de l’empereur aux allures de marionnettes survitaminées. De quoi mettre en extase les moins de dix ans et faire sourire leurs aînés. Comme il se doit, le peuple est en guenilles tout comme les prisonniers : le vieux roi Timur, Liu, l’esclave amoureuse et martyre, et Calaf, son fils aux allures de trappeur, prince qui se déclare inconnu pour relever le défi de Turandot, altesse vengeresse et sanguinaire qui fait décapiter tous les prétendants de sang royal piégés par les énigmes qu’elle impose pour prix de sa main.

A l’heure où les metteurs en scène transposent, réactualisent, modernisent à tout va, ce premier degré en clin d’oeil s’avère plutôt reposant. Inutile de chercher un parallèle avec une quelconque guerre ou la folie d’un dictateur de notre temps, nous sommes dans un livre d’images dopé par la musique la plus inventive du vériste Puccini. Ce fut son oeuvre ultime, laissée inachevée et créée post mortem en 1926 à la Scala de Milan par Arturo Toscanini. Avec, en complément, une dernière scène aménagée par le compositeur, ami de Puccini, Franco Alfano.

Charme et générosité du chef Marco Zambelli

Musique en tempêtes pour grand orchestre - 70 instrumentistes - enrichi de glockenspiel, xylophones, cloches et gongs chinois pour les intermèdes inspirés du folkore. Le tout servi par un choeur parfois hésitant mais par un orchestre qui s’investit avec enthousiasme. Les musiciens de l’Opéra de Toulon sont manifestement sous le charme et la générosité du chef italien Marco Zambelli qui les dirige à mains nues, tout feu, tout flamme, en prise directe avec chaque instrument, chaque voix. Hélas, celle du rôle titre confié à la soprano Maria Dragoni s’écroule en absolu désastre. Elle fut autrefois une cantatrice respectée, aujourd’hui son timbre a tourné au vinaigre et s’étagent en dents de scie. Son jeu est tour à tour absent ou ridicule : sa Turandot est une roturière qui se gratte le nez, hausse les épaules, se dandine mains sur les hanches et affiche un ennui souverain quand elle ne chante pas.

Pourtant le plaisir reste au rendez-vous car le reste de la distribution tient plus qu’honorablement son rang. Certes Luigi Roni, basse ayant roulé ses graves dans tous les repertoires d’Italie, a la voix bien lasse, mais ici, heureusement, la fatigue s’accorde avec l’épuisement de son personnage. En Liu fragile et émouvante, Irina Lungu, jeune soprano moldave qui amorce une jolie carrière dans les maisons d’opéra d’Europe, révèle une sensibilité délicate en osmose parfaite avec la chaleur de sa tessiture. Vedette incontestée du spectacle, le ténor coréen Jeong Won Lee, apporte à Calaf, prince qui joue sa vie au poker de la passion, une formidable clarté d’émission, une diction perlée et une projection sans faille. La voix est limpide, le jeu engagé. Tous deux furent, à juste titre, ovationnés.

Turandot de G. Puccini. Orchestre et choeur de l’Opéra Toulon Provence Méditerranée, direction Marco Zambelli, mise en scène Jean-Louis Pichon, décors & costumes Frédéric Pineau. Avec Maria Dragoni, Jeong Won Lee, Irina Lungu, Luigi Roni, Paul Kong, Ivan Matiakh, Philippe Talbot, Dominique Rossignol, Jean-Marie Delpas.
Opéra de Toulon, les 18, 21, 23 mars 2007

Photos : ©Khaldoun Belhatem

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