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Critiques / Opéra & Classique

Tristan und Isolde de Richard Wagner

par Caroline Alexander

L’ultime reprise d’une projection phare de l’ère Mortier

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Pour la troisième et dernière fois, Tristan et Isolde, le plus envoûtant des opéras de Wagner, mis en images par le vidéaste Bill Viola et en scène par Peter Sellars, occupe le vaste plateau de Bastille et l’habite en ferveur. Avec en vedette, comme à sa création en avril 2005, la lumineuse Waltraud Meier, l’insurpassable Isolde de notre temps (voir webthea du 14 avril 2005). Une femme, une fée, surfant en grâce absolue sur le fil des émotions.

Comme au premier jour la production continue d’enchanter et d’irriter. Vidéaste vedette, innovateur d’images, de films, d’installations, l’américain Bill Viola promène depuis 35 ans sa signature dans les musées, les concerts, les écrans, puisant son inspiration dans les cultures et les rituels du monde, d’orient en occident, de la chrétienté au bouddhisme. Tristan et Isolde a été sa première incursion dans le monde de l’opéra. Face à une œuvre aussi statique – hors les sentiments, il ne s’y passe presque rien -, à sa musique quasi hypnotique qui se respire comme un bol d’air happé au sommet des montagnes et qui dure près de quatre heures, il a sans doute voulu en faire beaucoup, jusqu’à en faire trop.

Un festival de pâmoisons

De reprise en reprise, les défauts comme les qualités de ses interventions s’affirment et se confirment. Un premier acte à la limite du supportable avec sur un écran géant ce couple de « corps terrestres » (dixit le programme), un homme, une femme, ni beaux, ni laids, se livrant, entre deux festivals de pâmoisons en gros plans, à un effeuillage intégral et des ablutions diverses symbolisant sans doute quelque rédemption par le baptême ou autre rite de purification. Ces images gigantesques rendues encore plus précises et envahissantes par un nouveau système de projection en haute définition écrasent jusqu’à les noyer les vrais personnages et leurs interprètes, acculés, sur leur petite estrade noire, à jouer une sorte de version de concert.

L’intelligence et la fine direction d’acteurs du metteur en scène Peter Sellars, les exceptionnelles performances de Waltraud Meier et de la jeune mezzo soprano Ekaterina Gubanova en Brangäne noble et chaleureuse, esquivent le piège des images et imposent leurs présencess.

Les trouvailles scéniques et musicales de Peter Sellars

Durant les actes 2 et 3, Viola abandonne peu à peu ses créatures « terrestres » pour leur substituer un autre couple dit « céleste » dont les apparitions en ombres et silhouettes finement chorégraphiées se fondent et se diluent dans des paysages, tant lunaires, tantôt aquatiques, tantôt de forêt en flammes, jouant parfois les pléonasmes avec le texte mais le plus souvent de toute beauté.

Les trouvailles scéniques et musicales de Sellars, les chœurs lançant leurs airs et complaintes depuis le premier rang de balcon, des voix filant parfois par-dessus la fosse, l’apparition du Roi Marke dans la salle éclairée : tout cela fonctionne toujours à merveille et donne des frissons, tout comme sa façon d’entrer dans l’intimité des cœurs pour les faire battre à nu. La distribution offre un mélange des deux premières prestations : outre Waltraud Meier, Franz-Josef Selig faisait partie du premier jet en Roi Marke et reste toujours aussi bouleversant d’humanité, la voix de cuivre ciselant les notes autant que les syllabes. Ekaterina Gubanova révéla son joli talent au cours de la première reprise. Clifton Forbis y incarnait déjà un Tristan vocalement en berne, il y met cette fois beaucoup de vaillance mais sa projection reste chancelante. Le rôle, il est vrai, est redoutable et seul Ben Heppner, qui participa à la première version, réussit aujourd’hui à l’imposer de bout en bout. On retrouve également avec plaisir le Kurwenal fraternel d’Alexander Marco-Buhrmester et l’on redécouvre le charme et la fraîcheur du jeune ténor suisse Bernard Richter entendus dans d’autres productions de cette même maison d’opéra.

Pour les wagnérophiles un Tristan à ne pas rater

A la tête de l’orchestre de l’Opéra National de Parus, le Finlandais Esa-Peka Salonen distillait goutte à goutte le nectar wagnérien, à sa suite le Russe Valery Gergiev embrasait l’orchestre et le mettait au galop. Semyon Bychkov cette fois opère une sorte de juste milieu, ample, généreux pour ainsi dire charnel. Sous sa direction l’orchestre , une fois de plus, se révèle magnifique de clarté, d’équilibre et de lyrisme royalement maîtrisé. Pour les wagnérophiles et wagnérolâtres de tout acabit, malgré toutes les réserves énumérées, ce Tristan est à ne pas manquer.

Tristan und Isolde, musique et livret de Richard Wagner, orchestre de l’Opéra National de Paris, direction Semyon Bychkov, mise en scène Peter Sellars, vidéo Bill Viola, costumes Martin Pakledinaz, lumières J.F. Ingalls, chef des chœurs Alessandro di Stefano. Avec Waltraud Meier, Clifton Forbis, Franz-Josef Selig, Ekaterina Gubanova, Alexander Marco-Buhrmester, Ralf Lukas, Bernard Richter, Robert Gleadow.

Opéra Bastille, les 30 octobre, 3, 6, 13, 18, 21, 26 novembre, le 3 décembre à 18h, le 30 novembre à 14h30

08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

Crédit photos : A. Poupeney/ Opéra national de Paris et R. Walz/ Opéra national de Paris

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