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Critiques / Opéra & Classique

Tristan und Isolde de Richard Wagner

par Caroline Alexander

Impériale et bouleversante Isolde

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Ce troisième Tristan de la saison, après ceux de Montpellier et de Bruxelles (voir webthea des 9 et 23 octobre 2006) est certes le plus accompli, tant sur le plan musical que sur celui de sa réalisation scénique. Nicolas Joël, son maître d’œuvre, est à coup sûr le plus fin traqueur de voix de France et au-delà. Directeur du Capitole de Toulouse depuis 17 ans et futur directeur de l’Opéra National de Paris où il succédera à Gérard Mortier à partir de 2009, il incarne une sorte de force tranquille au royaume agité du lyrique. Ni provocateur, ni fauteur de troubles, jamais pris en flagrant délit de mauvais goût, il signe des productions qui lui ressemblent : raffinées et rassurantes.

Abstraction poétique

Wagner fait partie de son bagage de prédilection. Depuis le Ring de ses débuts à Strasbourg et Lyon, réinventé 20 ans plus tard à Toulouse, il a radiographié à sa manière Parsifal, Lohengrin, le Vaisseau Fantôme et Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg. Tristan und Isolde manquait à l’appel. C’est chose faite depuis le 8 mars, dans une réalisation stylisée, exemplaire de sobriété et de justesse. En invitant le peintre et décorateur allemand Andreas Reinhardt, un nom qui en Allemagne fait référence, Joël a opté pour l’abstraction poétique. Ce qui, dans le cas précis de cet opéra-là, où sur 3h40 de musique, il ne se passe pratiquement rien, s’impose comme une évidence.

Tristan : Alan Woodrow / Isolde : Janice Baird

Car Tristan, « l’opéra qui rend fou », fait cavalier seul dans le répertoire lyrique.
A sa source, l’impossible passion que Wagner portait à Mathilde Wesendonk ; l’épouse de son mécène et bienfaiteur. Une légende celte lui en inspira les contours, une histoire d’Eros et Thanatos qui dit que l’amour idéal et la mort se confondent. Isolde a aimé Tristan au premier regard, elle lui a sauvé la vie. Tristan a ressenti le même choc, mais loyal envers son oncle, le roi de Cornouailles, il se dérobe à la tentation pour ramener la fiancée promise à son souverain. Isolde se rebelle, plutôt mourir que se soumettre. Mourir avec celui qu’elle aime. Brangaene chargée de verser la potion fatale, l’échange contre un philtre d’amour, et l’impossible devient réalité. Les amants se déclarent, perdent toute notion de temps et d’espace…E la nave va Le navire cingle vers leur destin…

Isolde danse ivre de plaisir

Il est dit souvent que Brangaene se trompe de fiole. Ici, à l’avant plan de la scène, elle vide délibérément les coupes du breuvage mortel, et leur en substitue un autre… Tout est clair et lisible dans les partis pris de Joël Reinhardt. Le premier acte tangue sur un sol en mouvement formé par trois triangles qui s’imbriquent comme les pièces d’un puzzle – une sacrée performance technique car tout se fait sans le moindre grincement – tandis que le jour se lève sur la toile du fond de scène. Au deuxième acte, une voûte étoilée aux mille feux accompagne l’attente d’Isolde qui danse, ivre de plaisir à l’idée de se blottir dans les bras de son amant. Puis c’est le noir intérieur durant leur étreinte. A l’acte III un nuage plombé semble vouloir s’écraser sur la couche où Tristan se meurt. Au loin, des lambeaux de soie grise s’écartent pour laisser passer la pâle lumière d’un dernier jour. Quand Isolde expire debout, la tête haute, face au public l’émotion est à son comble. Janice Baird qui l’incarne est tout simplement impériale.

Direction précise et enflammée de Pinchas Steinberg

Brangaene : Janina Baechle / Isolde : Janice Baird

Elle a tout pour s’identifier à l’héroïne et lui donne tout. La chaleur du timbre, la projection d’aigus nerveux, une présence qui irradie. Alan Woodrow/Tristan lui fait écho avec une diction parfaite et une clarté vocale qui, à défaut de puissance, assure une ligne de chant équilibrée. En Roi Marke magnanime, Kurt Rydl, au timbre d’airain, reprend un rôle qui semble avoir été écrit pour lui. La Brangaene de Janina Baechle est maternelle à souhait, le Kurwenal de d’Oliver Zwarg est crédible mais sans éclat. Nicolas Joël, fidèle à lui-même, agit davantage comme chef de chant que directeur d’acteurs, mettant chacun en position de confort pour chanter. Ils y gagnent en souffle, y perdent un peu jeu. Ce qui s’accorde parfaitement à la direction, précise et enflammée, du chef israélien Pinchas Steinberg, un spécialiste du répertoire wagnérien dont il a dirigé à Toulouse et à Orange toutes les précédentes productions signées Joël. Sous sa baguette incisive l’Orchestre du Capitole atteint une fois de plus la barre de l’excellence.

Tristan und Isolde de Richard Wagner, Orchestre National du Capitole, direction Pinchas Steinberg, chœur du Capitale, direction Patrick Marie Aubert, mise en scène Nicolas Joël, décors et costumes Andreas Reinhardt, lumières Vinicio Cheli. Avec Janice Baird, Alain Woodrow, Kurt Rydl, Oliver Zwarg, Janina Baechle, Christer Bladin, Alfredo Poesina, Laurent Labarbe –
Théâtre du Capitole à Toulouse, les 8, 14 & 21 mars à 18h, les 11 & 18 mars à 15h – 05 61 63 13 13

Crédit photo : Patrice Nin

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