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Critiques / Opéra & Classique

Tomorrow in a year – Hotel Pro Forma – The Knife

par Caroline Alexander

La poésie hypnotique d’un électro-opéra autour de Darwin

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D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Charles Darwin (1809-1882) le naturaliste anglais, médecin et théologien, chercheur révolutionnaire a passé sa vie à tenter de répondre à cette question de toute éternité. Sa théorie sur l’évolution des espèces vivantes par sélection naturelle pulvérisa bien des idées reçues ou inculquées sur la création du monde…

Elle reste d’actualité au point d’inspirer un thème de réflexion, de musique et d’images à un couple de musiciens nourris à l’électronique – les Suédois Olof et Karin Dreijer Andersson du label The Knife – et à une troupe danoise rôdée aux performances musicales baptisée Hotel Pro Forma par leurs inventeurs Ralf Richardt Strobech et Kirsten Delhlholm. De la rencontre de leurs deux formes d’expression est né un objet lyrique difficilement identifiable par les instances musicologiques, un « électro-opéra » d’une poésie quasi hypnotique que Laurent Spielmann, directeur de l’Opéra National de Lorraine a eu la bonne idée – voire le culot – d’inscrire à son programme.

Poétique escapade sur le sens de nos existences

Tomorrow in a year – Demain, dans un an – avec ses chanteurs, ses comédiens, ses danseurs, ses images mobiles mais sans orchestre a pris de court les abonnés de la belle maison d’opéra de la place Stanislas. Sous le choc quelques rares mécontents se sont éclipsés au bout d’une vingtaine de minutes, les autres, la grande majorité des habitués et une petite escouade de jeunes curieux sont restés attentifs pour les uns, décoiffés enthousiastes pour les autres. La poétique escapade proposée sur le sens de nos existences - d’hier à demain – à travers le prisme du grand naturaliste anglais, ne ressemble en effet à rien de connu, et, comme toujours en matière de création, ce qui échappe à tout catalogue, à toute classification acquise, dérange.

Rien de connu, de vu, d’entendu ? Voire… Les sonorités électroniques du groupe The Knife ne sont pas étrangères aux amateurs de pop et de rock à la Rolling Stones, des rythmes syncopés, des musiques sur synthétiseurs, ni à ceux qui ont suivi les évolutions des musiques répétitives américaines : les empreintes Phil Glass – on pense à « Einstein on the Beach » ou « Akhenaton » - ou de Steve Reich martèlent des cadences la fois lancinantes et dansantes.

Montage raffiné, ballet d’effets visuels, la promenade est belle

« How is Charles ? I haven’t heard from him fot a long time ? » - Comment va Charles, je n’ai plus eu de nouvelles depuis longtemps…”. Charles Darwin n’est pas raconté mais suggéré, sur le Beagle, le bateau sur lequel il fit le tour du monde et conçut les premières analyses de son « Origine des espèces », sur sa vie au quotidien. Les voyages, les découvertes, la mort de sa fille Annie, les oiseaux, les insectes, les mammifères… Le singe – cliché de ses conclusions – heureusement est absent, mais des montages raffinés de gros plans de volatiles ou autres animaux rares – se déroulent en un ballet d’effets visuels que soutiennent le jeu et les voix des interprètes. La mezzo soprano suédoise Kristina Wahlin, en perruque blonde et longue robe rouge de dame patronnesse évoque-t-elle le passé ? Ou le temps immobile ? La comédienne chanteuse Larke Winther est-elle le présent qui s’interroge sur son futur ? Le chanteur-compositeur Jonathan Johansson incarne-t-il les lendemains inconnus ? Les danseurs sont-ils des êtres, des astronautes en goguette, des extra-terrestres, des coraux, des plantes ou des fossiles ? A chacun son explication de textes. Pour autant que ce soit nécessaire, car la promenade est belle. Quatre vingt minutes d’évasion dans des entrelacs de lasers, de mondes qui se superposent, s’éclipsent, se reconstruisent, de poèmes et de textes savants à écouter – si on comprend l’anglais – ou à lire en surtitres.

Tomorrow in a year, Hotel Pro Format et The Knife tournent dans bien des pays d’Europe et d’ailleurs. On ne les avait jamais vus en France. C’est chose faite pour un passage éclair, hélas. On en redemande.

Tomorrow in a year – Hotel Pro Format –, « Un electro opera darwinien ». Direction artistique, mise en scène, concept scénographie Ralf Richardt Strohbech, Kirsten Dehlholm, musique The Knife, lumières Jesper Kongshaug, création sons Anders Jorgensen, costumes Maja Ravn. Avec Kristina Wahlin, Laerke Winther, Jonathan Johansson, Lisbeth Sonne Andersen, Agnete Beierholm, Alexandre Bourdat, Bo Madvig, Jacob Stage, Jan Strobech.

Nancy – Opéra National de Lorraine, les 20, 21, 22 janvier à 20h, les 22 et 23 à 15h.

03 83 85 33 11 www.opera-national-lorraine.fr

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