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Critiques / Opéra & Classique

The Turn of the Screw de Benjamin Britten

par Caroline Alexander

Vertigineux cauchemars d’enfants

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A l’Opéra de Liège en Belgique, le plus sulfureux des opéras de Benjamin Britten vient de livrer une part de sa secrète alchimie. Dirigé par l’un des plus fins connaisseurs de l’œuvre de Britten , mis en scène avec tact, chanté en poésie par de jeunes voix, cette nouvelle vision du Turn of the Screw/Tour d’Ecrou en restitue fidèlement les paradoxales ambiguïtés.

L’ombre d’abus sur enfants

Né à partir des arcanes d’une nouvelle de Henry James, à la fois oppressante et ludique, mis en musique par un Britten amateur d’énigmes psychologiques – Peter Grimes, Billy Budd -, cet opéra de chambre pour quinze instrumentistes solistes et sept voix dont deux voix d’enfant a vu le jour en 1954 à la Fenice de Venise. Et n’a cessé depuis d’inspirer gens de musique et de théâtre. Deborah Warner, Luc Bondy en signèrent il y a quelques années des réalisations qui ont fait date. Celle du dramaturge et metteur en scène Frédéric Roels s’inscrit dans la lignée des réussites. Tout y est : le climat inquiétant des questions qui restent sans réponse, les clairs obscurs d’entre deux mondes, la moiteur allusive de dérives sexuelles et affectives…Car l’ombre d’abus sur enfants plane comme un vol de corbeaux sur cette intrigante histoire de fantômes et d’ensorcellement. Dans le manoir isolé d’une lande anglaise, Miles et Flora, deux orphelins et leur servante vivent dans la mémoire de deux disparus dont les âmes et les corps continuent d’habiter leur inconscient, Miss Jessel une ancienne gouvernante et Peter Quint, le laquais avec lequel le petit Miles passait, dit-on, plus de temps qu’il n’en fallait… Tous deux sont morts de mort inexpliquée. Le suspens de ce thriller de l’au-delà commence avec l’arrivée d’une nouvelle gouvernante dépêchée depuis Londres par un tuteur invisible et indifférent. La nouvelle venue tentera en vain de débrouiller les fils d’une intrigue qui s’échappe du réel pour atteindre les sphères d’un inconscient inavouable.

Un drame où tout se passe dans l’art de la suggestion

Neuf fenêtres tombant des cintres dansent devant la façade d’une demeure victorienne, elles figurent le dehors et le dedans, s’agitent au gré des feux nocturnes qui hantent les êtres et les choses. Le décor de Vincent Lemaire est à l’image des non dits de ce drame où tout se passe dans l’art de la suggestion.

Steuart Bedford qui a fait ses classes aux côtés du compositeur connaît son Britten par le bout de l’âme et dirige les musiciens de l’Orchestre Royal de Wallonie avec un doigté qui leur fait donner le meilleur d’eux mêmes, des cordes et des bois. qui caressent et menacent , un célestat qui égrène le leitmotiv du revenant mortifère. Belle distribution avec une Nancy Weissbach de fraîcheur naïve et de conviction dans le rôle de la gouvernante, avec la spectrale Lisa Houben qui ressuscite en grâce les errances de la disparue et le ténor américain Keith Jameson, qui endosse avec une étrangeté mesurée le personnage maléfique de Peter Quint que Britten avait composé pour son ami Peter Pears. Véritable révélation, le tout jeune Bill Goss campe à 12 ans, un Miles fragile et inquiétant, la voix parfaitement placée, la diction impeccable et le jeu spontané.

Avant de prendre ses quartiers dans son Monaco natal, Jean-Louis Grinda, l’actuel directeur de l’ORW (Opéra Royal de Wallonie) trace ainsi en beauté la dernière ligne droite de sa saison. En attendant le Mefistofele d’Arrigo Boito qu’il mettra en scène lui-même, en guise d’au revoir, à la mi-juin.

The Turn of the Screw de Benjamin Britten d’après Henry James, livret de Myfanwy Piper, orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, direction Steuart Bedford, mise en scène Frédérick Roels, décors Vincent Lemaire, costumes Lionel Sire, lumières Roberto Venturi. Avec Nabcy Weissbach, Lisa Houben, Cécile Galois, Keith Jameson, James McLean, Beatrice Weiss et Bill Goss (en alternance avec George Longworth). Théâtre Royal de Liège, les 13, 15, 17, 19 & 21 varil 2007 – 00 32 4 221 47 22

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