Opéra National de Paris – Bastille jusqu’au 29 octobre 2011-10-13
Tannhäuser de Richard Wagner
Vocalement grandiose, visuellement en décalage
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- 14 octobre 2011
- Critiques
- Opéra & Classique
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En décembre 2007, la première de cette nouvelle production du Tannhäuser de Richard Wagner fut donnée amputée de ses décors et de sa mise en scène pour cause de grève d’une partie des techniciens de l’Opéra National de Paris (voir webthea du 10 décembre 2010). Comme le Faust de Gounod en cet automne 2011 (voir webthea du 27 septembre 2011). La maison décidément cultive des traditions…
De passage à Barcelone, cette réalisation du Canadien Robert Carsen n’avait guère convaincu (voir webthea du 8 avril 2008 la critique Jaime Estapa). De retour à Paris, avec une distribution renouvelée et un autre chef d’orchestre, elle laisse encore perplexe. Tournant le dos à la routine du concours de bardes pour le plus beau chant d’amour, Robert Carsen a substitué l’image au texte. La joute poétique devient joute picturale. Un transfert qui s’apparente à ce qu’on peut appeler une fausse bonne idée. Car ça ne colle pas…
Le problème de ce Tannhäuser, deuxième grand opéra composé après l’échec du Vaisseau fantôme par un Wagner de 32 ans est de lui trouver une parade. La musique, annonciatrice de tous les développements futurs du génie wagnérien, est sublime mais le livret reste un casse-tête. Inspiré par un conte de Heinrich Heine et de divers textes du Moyen Age, il tangue sans cesse entre érotisme et bondieuseries. La question est de trouver le truc pour échapper au carton pâte pseudo médiéval tout en restant proche de l’esprit et de la lettre. Carsen y répond en enjambant les siècles et en faisant du troubadour un peintre. Cela se passerait donc de nos jours à l’occasion d’un vernissage mondain, où, entre champagne et petits fours, les invités auraient à désigner leur favori, et Tannhäuser, revenu plein de remords du Venusberg où il s’était acoquiné avec la maîtresse des lieux de débauche, crée le scandale en présentant une toile d’inspiration trop charnelle.
Une bande d’agitateurs de pinceaux sonnent l’alerte du contresens
La musique comme le texte et le déroulé de l’histoire sont en constant hiatus avec le parti-pris de Carsen, même s’il y met, comme à son habitude, méticulosité, savoir faire et élégance. Dès la célèbre ouverture qui fait planer 30 minutes de rêves de grands espaces, le noir du fond de décor, l’agitation fébrile d’une bande d’agitateurs de pinceaux sonnent l’alerte d’un contresens. Qui se poursuivra jusqu’au terme du troisième acte, quand la chaste Elisabeth, ayant laissé tomber sa robe de bourgeoise Passy-Neuilly-Auteuil, se vautre en convulsions sur le matelas de Venus avant de se ranger à ses côtés, les deux femmes, celle de la chair et celle de l’esprit n’en formant plus qu’une seule. Le thème de la rédemption par l’amour qui va traverser pratiquement toute l’œuvre de Wagner y trouve-t-il son compte ?
Reste le bonheur de la musique. Si la direction de Sir Mark Elder, brave mais terne, est loin, très loin de celle obtenue par Seiji Ozawa, l’orchestre a suffisamment de punch et de métier pour rebondir aux bons moments, surtout dans le troisième acte. Les voix en revanche sont de toute beauté, des gosiers d’or renforcées par des présences souvent incandescentes. A commencer par celles de la soprano suédoise Nina Stemme, pour la première fois sur la scène de l’Opéra de Paris, une tessiture puissante et veloutée à la fois, un legato contrôlé du grave à l’aigu. Sophie Koch, en souveraine des voluptés interdites, ajoute à sa plastique naturelle la chaleur de son timbre, parfois dur, Christopher Ventris possède l’exaltation et la foi d’un Tannhäuser presque idéal, Christof Fischesser incarne un Landgrave aux graves d’encre noire. Apparence fragile, mais présence vaillante, diction d’orfèvre et voix sans faille, Stéphane Degout/Wolfram von Eschenbach, l’amoureux transi, reste sur sa lancée de baryton étoilé.
Tannhäuser de Richard Wagner, orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Sir Mark Elder, chef de chœur Patrick-Marie Aubert, mise en scène Robert Carsen, décors Paul Steinberg, costumes Constance Hoffman, lumières Robert Carsen et Peter van Praet. Avec Christopher Ventris, Nina Stemme, Sophie Koch, Stéphane Degout, Christof Fischesser, Stanislas de Barbeyrac, Tomasz Konieczny, Eric Huchet, Wojtek Smilek .
Opéra Bastille, les 6, 9, 12, 17, 20, 26, 29 octobre à 19h, le 23 à 14h30.
08 92 89 90 90 - + 32 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr




