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Critiques / Comédie & Humour

Sur la vie d’ma mère de Daniel Saint-Hamont

par Marie-Laure Atinault

Retour au pays natal ?

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Un homme fait le siège de l’ambassade d’Algérie. Un siège pacifique et très organisé, il a son pliant, son journal, son thermos. Il veut avoir un visa pour retourner chez lui, là-bas, de l’autre côté de la mer. Il est un français d’Afrique. En partant il a tout laissé. La guerre d’Algérie l’a privé de sa terre mais pas de ses souvenirs. En arrivant dans la mère patrie, il est devenu un étranger. Aujourd’hui, comme hier, il voudrait retourner chez lui à Tajira. Oh bien sûr Tajira, ce n’est ni Oran, ni Alger, c’est une petite ville, avec son église, sa synagogue et sa mosquée. On peut même franchement dire qu’à Tajira, il n’y a rien de particulier, juste une place où les garçons regardent les filles passer. Dans les années cinquante la révolution sexuelle n’est pas encore en germination. Depuis 1962, il est comme coupé en deux, son enveloppe corporelle est en France mais son esprit est en Algérie. Il a fait sa vie, et ses enfants lui reprochent de ressasser son « avant », son parler fleurit, son accent, et son argot pied noir avec des mots en arabe.

Un Sirocco mélancolique et joyeux

Ce spectacle est cimenté par l’amitié et une chaîne de rencontre ; Celle d’Alexandre Arcady qui, avant d’être le cinéaste à succès, fit du théâtre avec Jean-Claude De Goros, puis la rencontre de Daniel Saint-Hamont sous le souffle puissant « Du coup de Sirocco ». L’histoire de cet homme de 70 ans qui s’interroge sur son désir de revoir son pays natal et sur le flot de sa vie, n’a rien de revanchard. Il n’est pas en colère, il est nostalgique comme on peut l’être de sa jeunesse. Il est drôle et généreux. Il sait très bien que son « paradis perdu » est relatif, très personnel. Le tour de force de ce spectacle, où l’on rit beaucoup en ayant parfois le rire un peu chahuté par les larmes, est qu’il n’est pas réservé à une chapelle. Il n’a rien de corporatif. Nul besoin pour l’apprécier de connaître le folklore pied noir car il n’est pas de ce genre. Bien sûr, certains reconnaitront en Tajira, Mascara la ville natale de Daniel Saint-Hamont. Ils s’amuseront à l’évocation des gloires locales. Le texte parle de cette humanité malmenée, déplacée. Dans le texte il y a de bien jolis moments. Ainsi lorsque notre homme se souvient qu’il n’était pas rare que les cloches de l’église sonnent au même moment que l’appel du muezzin et que les gâteaux des fêtes juives s’échangent entre voisins avec ceux du ramadan, complété par ceux des fêtes carillonnées. Jean-Claude De Goros, seul en scène, nous livre de sa belle voix brune les confidences de son personnage. Il est impressionnant de présence, sachant alterner l’émotion et le rire. Le match au grand stade de France et les premiers émois amoureux sont absolument hilarants. De la nostalgie, de l’émotion et du rire mais surtout l’occasion de voir un grand comédien d’une générosité folle.


"Sur la vie d’ma mère", comédie de Daniel Saint-Hamont avec Jean-Claude De Goros
Théâtre des Mathurins 36, rue des Mathurins Paris 8°
Tél :01 42 65 90 00

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