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Critiques / Théâtre

Strike de Didier Guyon

par Jacky Viallon

Dans le cadre « Festival des Chemins de traverse »

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Depuis déjà neuf ans l’Espace Michel Simon propose un rendez-vous insolite au mois de mai, il profite de l’essoufflement des marathoniens du théâtre pour nous offrir un avant goût de festival d’été qui sent fort bon l’installation sauvage et l’insolite. L’équipe de Michel Simon appelle cette escapade « Festival des Chemins de Traverse ». Il est vrai que nos programmateurs ont le nez, l’oeil et l’intuition pour repérer, retenir et projeter à travers la dense pépinière des artistes en jachère des personnalités émergentes. Ce fut le cas pour Didier Guyon, sans doute pour Dau et Catella ainsi que Vincent Rocca et bien d’autres encore qui ont pris leur élan grâce à ce festival. Cette année le plateau est aussi très varié, la carte propose en plus du théâtre et des desserts comiques, de la danse, des spectacles musicaux et des petites formes de type théâtre de rue ou performances à domicile. Le café des Arts de l’Espace Michel Simon accueille bien chaleureusement ces interventions légères et sait recomposer des espaces intimes.

Pendant le festival, on y propose, en plus des petites formes théâtrales légères de ces sortes d’amusent gueules mini spectacles en première partie qui fédèrent et rassemblent quelques fidèles spectateurs sur la semaine du festival.

Donc, pour retomber sur nos crayons, on pourrait dire que Didier Guyon était déjà venu pour le premier festival il y a un an. Ses préoccupations ont changé, aujourd’hui ses thèmes griffent comme des ronces et ce n’est pas pour rien qu’il se frotte « aux chemins de traverse ». En fait on est loin des thèmes sécurisés comme ceux qui sont évoqués dans l’univers des bistrots de « Garçon un Kir » (au passage, spectacle remarquable par sa précision et son apparente légèreté)

Là l’affaire est traitée de façon tout aussi drôle, mais le sujet est épineux : traiter actuellement des problèmes d’altérité et d’intégration relève du numéro de trapèze volant. Bref, Didier Guyon et son équipe jouent sans filet et rattrape l’humour du bout des doigts. Et c’est là le grand talent de la troupe Fiat Lux : savoir s’accrocher à quelque chose d’extrêmement fragile tel que l’humour et faire ressentir par ailleurs, quelque part, même au-delà du plateau, le poids des choses.

Et puis, il y a déjà la provocation du titre : « strike » ce qui pourrait se traduire approximativement par : frapper, donner un petit coup, une sorte de pichenette. Il y a dans le mot un zeste d’agacement, de pousse à bout que l’on retrouve dans le rapport entre les personnages ? Chacun cherche les limites de l’autre et semble bander l’arc de la mise à l’épreuve. En tant que spectateurs nous pourrions nous aussi piétiner la plate-bande de l’agacement, mais Didier Guyon nous ramène sur le chemin du burlesque et nous détourne à nouveau par une sacrée pointe d’humour qui nous renvoie un peu à notre propre honte de s’être fait prendre au piège.

Le spectacle possède une seconde vertu : Celle d’entraîner le spectateur, aux dires de Brecht dans une sorte d’auto-éducation distillée au fur et à mesure du spectacle. Etrange dialectique entre l’humour à qualité distanciatoire et la cruauté abrupte du réel. Le spectateur est alors entraîné dans une autre lecture, on pourrait presque dire lisibilité. Le spectacle fonctionne ainsi, et sans que ce soit systématique, sur une apparente fidélité aux répétitifs syncopés de toutes sortes avec des inattendus qui déroutent le spectateur pour le ramener toutefois inconsciemment aux vrais propos qui font chemin dans nos têtes : l’appréhension de l’ailleurs, de l’autre culture et des différents cheminements d’esprit….Ce festival propose aussi un cheminement vers d’autres sentiers…suivont-les……. « Allez éternellement à la rencontre. Passez par les villages… » Peter Handke - Par les villages -.


Strike de Didier Guyon, metteurs en scène : Didier Guyon, Jean-Jacques Tesson avec Fabien Casseau, Pasca Cariou, Mélanie el Din, Didier Guyon, Isobel Hazelgrove, Pascal Orveillon, Dominique Prié . Contact et tournées : www.ciefiatlux.fr
« Festival des Chemins de Traverse » espace Michel Simon Noisy-le-Grand le Grand jusqu’au 13 mai 2007. Rens.Location :01 49 31 02 02 www.noisylegrand.fr

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