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Critiques / Théâtre

Rue de Babylone

par Jacky Viallon

La mauvaise conscience du riche

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La pièce débute par l’intrusion d’un SDF dans le hall d’un immeuble cossu d’un beau quartier parisien (rôle interprété par Robert Plagnol). Ce dernier s’y installe en toute logique sous l’œil compatissant d’un riche occupant (Jean-Marie Besset). Le dialogue va alors tourner autour des problèmes de la mauvaise conscience des riches. C’est un peu convenu, même si l’on pressent l’arrivée d’un insidieux chantage. En revanche, cette joute nous présente l’être démuni plus fort que le nanti. Par la pertinence de ses propos, il affaiblit et déstabilise progressivement son rival. Il tisse de manière lancinante et logique une toile d’araignée dans laquelle il enferme son bourgeois dans une sorte d’acquiescement. Quand ce dernier réagit, il prend trop tardivement conscience de sa médiocrité. Reste la deuxième stratégie du SDF, face à sa victime tétanisée : la mise en place du chantage.

Une belle densité

Notre homme de la rue connaît un détail très compromettant de la vie privée de ce directeur de journal. Quelques lieux communs nous égarent dans des impasses très moyennement convaincantes et l’embrayeur du chantage patine encore sur les clichés de la séductrice et destructrice féminité. Sur le plan du jeu, c’est allègrement mené. Les rapports entre les deux hommes sont bien installés. Les comédiens dégagent une belle densité. Robert Plagnol propose un jeu corporel quelque peu chaloupé qui convient bien à son travail de déstabilisation. Ses attitudes brusques et inattendues accompagnent son dangereux comportement et derrière cette vérité-là, on entend un être également fragile.

Equilibre et déséquilibre

Quant à Jean Marie Besset, il reprend, avec la prudence délicate du comédien-auteur, le rôle de Samuel Labarthe à la création. Il manque peut-être un peu d’assurance au début de la pièce. Est-ce dû à la définition du personnage ? Toutefois, il s’y installe progressivement et on finit par prendre son personnage en pitié, à excuser sa lâcheté. Sa peur, il nous la communique. Robert Plagnol, lui, avec sa stature imposante, a quelque chose d’animal. Il tourne en rond dans ce hall d’entrée, tel un fauve, en réfléchissant à la manière de dévorer sa victime. Ce hall d’entrée a des allures d’arènes où pourrait bien se tramer la mise à mort de l’un des protagonistes. Cette joute entre deux personnages donne à voir équilibre et déséquilibre.

Rue de Babylone, de Jean-Marie Besset, mise en scène de Jacques Lassalle, avec Jean-Marie Besset et Robert Plagnol. Théâtre Rive Gauche. Tél : 01 43 35 32 31.

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