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Critiques / Opéra & Classique

Roméo et Juliette de Charles Gounod

par Caroline Alexander

Patrizia et Teodor : des amoureux en très bonnes voix

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De ce Roméo et Juliette de Gounod qui ouvre la saison lyrique de l’opéra de Marseille, on retiendra deux noms, deux raisons de s’émerveiller : le premier est connu, aimé, admiré depuis pas mal d’années, chantant Mozart, Bellini, Monteverdi (webthea des 27 octobre 2004, 16 juin 2005, 21 octobre 2006, 2 février 2010…).
Patrizia Ciofi est l’invitée vedette fidèle de la maison où elle fut la saison dernière l’émouvante Ophélie du Hamlet d’Ambroise Thomas(voir webthea du 9 juin 2010)
.

La voilà de retour, toujours en amoureuse juvénile, toujours dans un répertoire français, toujours inspiré du grand anglais Shakespeare. La fille des Capulet éprise du fils des ennemis Montaigu ne figurait pas encore à son répertoire. Elle l’investit en passion, de l’insouciance d’enfant gâtée à l’engagement de la femme révélée, légère et virtuose, lançant les redoutables vocalises de ses arias, avec un aplomb étourdissant.

Teodor Ilincai, une révélation

En face d’elle, une révélation : Teodor Ilincai, ténor né il y a 28 ans en Roumanie, a la jeunesse naturelle de son héros, son charme vif argent et la clarté d’un timbre capable de s’envoler haut en préservant son velouté. La présence du beau gosse est généreuse, la fraîcheur de la voix enchante. Même si le volume n’atteint pas toujours le maximum requis, le legato se maintient et la diction est précieuse pour un natif non francophone.

En frère Laurent Nicolas Testé impose la chaleur intacte de son timbre de baryton basse alors que Jean-Philippe Lafont inaugure son premier Capulet avec d’évidents signes de fatigue.
L’ensemble de la distribution (Pierre Doyen/Mercutio, Bruno Comparetti/Tybalt, Isabelle Vernet/la nourrice, Eduarda Melo/Stefano le page…) est d’ailleurs de bonne tenue.

Shakespeare au régime minceur

Familier à l’oreille par ses grands airs et ses duos – « comme je veux vivre » - « ah lève toi soleil, fais pâlir les étoiles » - « ô douce nuit d’amour » -« salut tombeau sombre et silencieux », ce Roméo et Juliette créé en 1867, comme le Faust révélé huit ans plus tôt, soumet son modèle de théâtre au régime minceur. De Shakespeare, comme de Goethe, les librettistes Jules Barbier et Michel Carré, n’ont conservé que la carcasse. Les instants clés qui rendent l’histoire intelligible. Un minimum vital. Leur philosophie, leur poésie, leur évasion sont laissés à la musique. Mystique sans excès, romantique sans débordements, elle signe ce style français fait de clarté et d’élégance.

Pour les amoureux, rien que pour eux

On regrettera de ne pas en retrouver l’éclat dans la direction d’orchestre de Luciano Acocella, honnête mais sans fougue. On regrettera surtout une mise en scène terne, des décors à minima sur fond blanc et des costumes de même neutralité où des calots rouges différencient les Capulets des Montaigu coiffés de calots noirs. On se croirait davantage à Marrakech qu’à Vérone. En style Renaissance classique, les amoureux heureusement échappent à l’uniformité. Et c’est pour eux, rien que pour eux, qu’on est là.

Roméo et Juliette de Charles Gounod, livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après la tragédie de Shakespeare. Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille direction Luciano Acocella, chef de chœur Pierre Iodice, mise en scène Arnaud Bernard, décors et costumes Bruno Schwengl, lumières Patrick Méeüs. Avec Patrizia Ciofi, Teodor Ilincai, Eduarda Melot, Isabelle Vernet, Nicolas Testé, Jean-Philippe Lafont, Pierre Doyen, Bruno Comparetti, Cyril Rovery, Philippe-Nicolas Martin, Fréderic Leroy.

En coproduction avec l’Opéra de Lausanne et l’Opéra Royal de Wallonie

Opéra de Marseille les 11, 14, 19 octobre à 20h, le 16 à 14h30

04 91 55 11 10 – www.opera.marseille.fr

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