Paris – la Péniche Opéra jusqu’au 24 mars
Rita – Elle est pas belle la vie ?
Détente garantie : la Péniche Opéra reprend son doublé de musiques et de rires
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- 16 janvier 2013
- Critiques
- Opéra & Classique
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Il y a un an tout juste Mireille Larroche lançait les festivités du trentième anniversaire de sa Péniche Opéra avec ce doublé de charme et d’humour où Gaetano Donizetti se partage l’affiche et la scène avec Vincent Bouchot.
En deux faces, d’hier et d’aujourd’hui, leur alliance s’épanouit en musiques, tout comme s’allient en humeurs blagueuses celle de Gustav Vaëz, le librettiste du génie de Bergame et de Jean-Marie Gourio, observateur finaud des conneries débitées par non contemporains au comptoir des bistrots.
Rita ou le mari battu, malicieux opéra bouffe où les hommes sont passés à la moulinette de la dérision fut composé en 1841 alors que Donizetti débutait sa carrière mais ne connut les feux de la rampe qu’en 1860, 12 ans après sa mort. L’histoire, rédigée en français, raconte comment Rita, qui se croit veuve d’un mari qui la battait, a reporté sur son deuxième époux le rituel des baffes et bastonnades. Mais le présumé naufragé a surnagé et réapparaît. Dès lors la joute oppose les deux maris qui cherchent chacun à se débarrasser de leur encombrante moitié. Elle est pas belle la vie, succulent condensé des âneries débitées dans Les Brèves de Comptoir de Gourio constitue le deuxième volet du spectacle.
Un trio qui rivalise de cocasseries
Thibaut Sinay, scénographe, leur a conçu un espace unique, une auberge de villégiature pour Donizetti qui se transforme en zinc de brasserie pour Bouchot et Gourio. Rita devient ainsi l’hôtesse d’une guinguette en bord de mer dont on aperçoit, en fond d’écran, la terrasse extérieure animée par un dispositif vidéo L’involontaire ménage à trois a pour interprètes un trio qui rivalise de cocasseries. Amira Selim, jeune soprano allie une plastique impeccable (le maillot de bain lui sied à ravir) à une voix de colorature qui promet beaucoup, et deux habitués du lieu : l’impeccable ténor Christophe Crapez fait pleurer de rire en victime ahurie et le baryton Paul-Alexandre Dubois, magnifique macho, roule des mécaniques et des hanches en faisant jaillir es cadences swing d’un jukebox (Dick Rivers, Les Chats Sauvages, Eddy Mitchell,Les Chaussettes Noires). Caroline Dubost au piano fait oublier qu’il n’y a pas d’orchestre à bord. Donizetti reste bien servi.
Des conneries ramassées à la pelle
Le temps d’un entracte et d’un tour de manette et voilà le comptoir qui s’installe avec son incontournable télé débitant à jets continus les images de toutes les misères du monde. Ils sont là tous les deux, Crapez et Dubois, les regards éteints vissés sur l’écran, le premier derrière le zinc pour servir le second et pour, en connivence, débiter les conneries ramassées à la pelle par Jean-Marie Gourio.
On y déniche des perles : « 10h au comptoir sans bouger, c’est une forme de yoga » philosophe l’un, « S’ils reculent l’âge de la retraite, ils n’ont qu’à reculer l’âge de la naissance ! » réfléchit l’autre. Les sentences s’enchaînent : « Le seul ascenseur social, c’est la Française des Jeux », « Chirac, c’est naturel, Sarko, c’est chimique » ou encore « Tous les ans, c’est pas l’heure qu’on devrait changer mais la vie »... C’est dit, c’est chanté, psalmodié sur des musiques tantôt élastiques, tantôt syncopées de Vincent Bouchot. Dérive des mots, des sons, des pensées.
Opéra bouffe et « demi opéra » (en référence aux demis servis mousseux sur le zinc) l’ensemble garantit une totale détente. La vie est vraiment belle à bord de la Péniche.
Rita ou la femme battue, opéra comique de Gaetano Donizetti, livret de Gustave Vaëz. Elle est pas belle la vie ? demi-opéra de Vincent Bouchot d’après les Nouvelles Brèves de Jean-Marie Gourio. Direction musicale Alexandre Piquiot, mise en scène Rita Mireille Larroche, mise en scène Elle est pas belle la vie ? Alain Patiès, scénographie Thibaut Sinay, costumes Valentine Sole et Gabrielle Tromelin, lumières Gérard Vendrely, vidéo Michel Bouchot et Tito Gonzales. Avec Amira Selim, Christophe Crapez, Paul-Alexandre Dubois, au piano Caroline Dubost .
La Péniche Opéra du 18 janvier au 24 mars 2013 à 20h30, dimanche à 16h
01 53 35 07 77 – www.penicheopera.com
Photos : Cedric Suzanne






