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Critiques / Comédie & Humour

Rire fragile

par Marie-Laure Atinault

Du côté de l’intelligence

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"Le rire est le propre de l’homme". En tout cas, il est le grand art de Philippe Avron, Maître es rire.

Depuis presque 50 ans, il promène sur les scènes de théâtre sa silhouette de Pierrot lunaire. Comédien chez Vilar, dont il parle si bien (Ma Cour d’honneur), il rencontre Claude Evrard en suivant les cours de Jacques Lecoq. Le célèbre duo d’humoristes, Avron et Evrard, fait alors les beaux soirs des cabarets et des scènes : un rire neuf, une abondance de jeux de mots absurdes. Philippe Avron est aussi un Sganarelle magnifique, sous la houlette de Roger Planchon, et un Don Juan mémorable, dirigé par Benno Besson. Depuis, il continue son exploration philosophique et poétique de la langue française qu’il manie si bien. A-t-il appris chez Lecoq à remonter les fleuves comme un saumon ? Le rire de Philippe Avron est fragile car il est tout en délicatesse. Il n’est jamais méchant, ne cédant pas à la facilité. Jongleur subtil des mots et des sentiments, il est également magicien. Ah ! Si nos professeurs lui ressemblaient, l’Education Nationale se porterait tellement mieux. Le fantôme de Shakespeare se repose avec lui et converse avec l’inénarrable professeur de philosophie que l’on retrouve ici.
Le rire est fragile, tel un oiseau de paradis qui peut se cacher longtemps. "Le rire ça surprend, le rire s’échappe". Faut il dompter le rire ? Avron nous en présente les multiples facettes : rire sous cape, rire jaune, rire en vrille. Le voici Maître es rire. Avec lui, une simple promenade de la rue qui monte et qui descend, pour faire des emplettes, devient un régal d’observation et d’humanité. Entomologiste de la vie quotidienne, il pose sa loupe sur la dame du kiosque/office du tourisme, sur le photographe-poète, sur la boucherie-opéra-bouffe. Avec toujours cette belle et joyeuse humanité. D’ailleurs, pour parler de l’humain, notre professeur kantien, entouré de ses élèves, nous enchante. Tous ses anciens élèves sont là, Carbone 14 bien sûr et la belle Aurélia Zingaro qui a rejoint Bartabas. Rêvons, les chevaux envahissent Paris. Bartabas le centaure, "le Dalaï-Lama des équidés" surgit sur scène, personnifié par Philipe Avron, toujours lui. Un moment magique. Le chapeau noir enfoncé sur les yeux, la main imagine les rênes, les pieds marquent le galop, le centaure est sur scène. Le rire et l’émotion ont rendez-vous avec Philippe Avron. Un rire salvateur, un rire rêveur qui salue les amis et les maîtres, Raymond Devos, Jean Vilar, Gérard Philippe. Ce rire-là vient du cœur. Fragile mais intense, il balaie la morosité et frappe du côté de l’intelligence.

Texte et interprétation de Philippe Avron. Théâtre le Ranelagh.Tél : 01 42 88 64 44.

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