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Critiques / Théâtre

Rabbit Hole de David Linsay-Abaire

par Gilles Costaz

Le lent dépassement de la douleur

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Un enfant de quatre ans qui promenait son chien a été fauché par une voiture. Les parents sont inconsolables. Il faut pourtant affronter la vie. Le père et la mère ont des réactions différentes. L’homme va à la rencontre des autres. La femme se replie sur elle-même mais est confrontée à sa mère et à sa sœur, laquelle est enceinte et ne sait comment sera reçu la nouvelle de cette naissance à venir. Il y a aussi un adolescent qui rode autour de la maison. Il est à l’origine de la mort du garçon, qu’il a percuté sur son scooter en voulant éviter le chien. Ce jeune homme a écrit un conte sur le disparu, veut être reçu dans cette maison fermée dont il a causé le malheur… Dépasser le douleur, c’est sortir de ce "trou de lapin" et ne plus vivre dans des univers parallèles.
Portée à l’écran en 2010 par John Cameron Mitchell (le rôle principal était tenu par Nicole Kidman), la pièce est moins fine que l’autre œuvre de l’auteur qui a été montée en France, Des gens bien (avec Miou-Miou, adaptation de Gérard Aubert et mise en scène d’Anne Bourgeois, théâtre Hébertot, 2015). Ses ressorts sensibles sont plus évidents, mais l’on n’en est pas moins touché par les relations entre les personnages que David Lindsay-Abaire et son adaptateur Marc Lesage détaillent à petites touches. La mise en scène de Claudia Stavisky se fait moins lyrique qu’à l’ordinaire, mais sensible et quotidienne. Patrick Catalifo donne au rôle du père une force blessée remarquable tandis que Julie Gayet est une interprète touchante, moins en relief, en demi-teinte dans la peinture du cheminement mystérieux de la douleur. Christiane Cohendy (qui reprend le rôle de la grand-mère, créé dans la même mise en scène au théâtre des Célestins, à Lyon, il y a deux ans, par Nanou Garcia) est merveilleuse dans ses éclats et ses brisures. Lolita Chamah incarne la sœur d’une manière vive et un peu brouillonne. Ronan Prévot, dans le rôle du jeune garçon en quête de réconciliation, vous saisit à la gorge. Ce drame à l’américaine, piqueté d’humour, n’est pas un texte exceptionnel mais la soirée s’adresse à notre cœur dans une douleur savamment ouatée.

Rabbit Hole de David Lindsay-Abaire, texte français de Marc Lesage, mise en scène de Claudia Stavisky, décor d’Alexandre de Dardel, lumières de Franck Thévenon, costumes de Lily Kendeka, musiques de Jean-Louis Imbert, avec Julie Gayet, Patrick Catalifo, Lolita Chammah, Christiane Cohendy, Ronan Prévot.

Bouffes-Parisiens, tél. : 01 42 96 92 42, jusqu’au 31 mars. (Durée : 1 h 40).

Photo Simon Gosselin.

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