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Critiques / Théâtre

Quand nous nous réveillons d’entre les morts

par Marie-Laure Atinault

Cet homme qui vieillit

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Le bon roi Henri IV (la poule au pot, le panache blanc) disait : "Il n’y a de bon bec qu’à Paris". Une sentence hautement démagogique pour s’attacher les bonnes grâces des Parisiens. Henri IV, aujourd’hui, pourrait dire : il n’y a de bonnes scènes qu’à Paris. Une affirmation culturelle aussi erronée que sa sentence gastronomique. Car le théâtre en régions existe bel est bien. Il est novateur, inventif et réserve souvent d’excellentes surprises. Alain Bézu, le talentueux directeur du théâtre des Deux Rives, à Rouen, donne ainsi sa nouvelle création, Quand nous nous réveillons d’entre les morts, d’Ibsen, au Théâtre de la Foudre, au Petit Quevilly. Alain Bézu est un passionné, un amoureux des textes qui jongle de Shakespeare à Corneille, (celui de Mélite) aux auteurs contemporains. Il aime les mots, il aime les comédiens, il aime ce doux murmure qui s’éteint avec les lumières de la salle. Au lieu de monter la énième version de Hedda Gabler, il préfère la dernière pièce d’Ibsen. Une pièce qui est aussi le testament théâtral du plus célèbre des Norvégiens. Écrite en 1899 et portant comme sous-titre, Epilogue dramatique, Ibsen le rigoureux nous donne le ton de son oeuvre. Il s’agit d’une réflexion empreinte d’amertume sur l’artiste et ses modèles, sur l’artiste et la vanité de la célébrité.

Renoncer à l’amour au bénéfice de l’œuvre ?

Le grand Rubek, célèbre sculpteur, est en séjour avec son épouse dans une station thermale, au pied des montagnes. Maja est beaucoup plus jeune, mais cinq ans de mariage ont entamé l’attrait de la jeunesse et Rubek s’ennuie. Il retrouve sous les voiles immaculés d’une mystérieuse curiste, Irène, son ancien modèle qui fut l’inspiratrice de son chef-d’œuvre, Le jour de la résurrection, un ensemble statutaire qui lui apporta la fortune. Irène avait disparu du jour au lendemain. Elle s’était sentie trahie par cet homme qui lui volait son image et son âme. Elle vient lui demander des comptes. Ibsen pose avec rigueur une question cruciale pour tout artiste : doit-il renoncer à la vie et à l’amour au bénéfice de l’œuvre ? Pour lui, c’est une question de moralité. N’est-ce pas là que réside le péché mortel ?

L’ivresse des cimes et le plancher des vaches

Alain Bézu a décidé de placer l’œuvre dans son époque, tant il est vrai que certains sentiments semblent démodés aujourd’hui. Les costumes de Patrice Cauchetier nous projettent donc dans ce temps où les femmes portaient un corset qui étranglait leur taille et jugulait leur existence. La scénographie de Claire Chavanne allie avec élégance l’ivresse des cimes et le plancher des vaches. Alain Bézu a demandé à Ibsen lui-même de nous conduire dans son œuvre. Le personnage de l’inspecteur (David Stevens), côtelette frisée sur les joues, décrit les lieux, expose les personnages. Les didascalies sont légèrement décalées avec ce que nous voyons sur scène. Bézu utilise avec élégance et discernement la vidéo pour alléger cette œuvre grave. François Clavier et Catherine Dewitt mènent cette oeuvre austère. Philippe Lebas et Karine Preterre, eux, sont le contrepoids léger et la respiration indispensable dans cette réflexion sur le regard éperdu d’un homme vieillissant sur le chemin de sa vie.

Quand nous nous réveillons d’entre les morts, de Henrik Ibsen, mise en scène Alain Bézu. Avec François Clavier, Catherine Dewitt, Philippe Lebas, Karine Preterre, David Stevens, Isabelle Wéry. Théâtre des Deux Rives. Tél : 02 35 70.22.82.

Photo : Jean-François Lange

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