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Billets d’humeur / Jacky Viallon

Pour en finir avec Brecht et revenir le chercher

par Jacky Viallon

Chronique de Jacky Viallon

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Toujours dans le cadre obligatoire de notre quart de page ou tiers temps pédagogique nous allons donner les dernières traductions et remises à jour du « Petit organon » de Brecht afin de montrer sa pérenne actualité.

Nous allons voir que Brecht par souci de réalisme et de vérité sur son époque aurait volontiers participé au jury de l’émission la plus culturellement française : « Staracadémie » dit « Starac » pour les cablés.

Brecht dit tout au début de son petit organon « Le théâtre consiste à élaborer des reproductions vivantes d’événements, rapportés ou inventés, qui se produisent entre des hommes, et ce aux fins de divertir. On remarque donc que les productions télévisuelles de reality-show ont compris bien avant nous ce qu’il fallait faire pour perpétuer les idées de Brecht. Conclusion : il ne faut pas prendre les productions de télé pour des imbéciles.

Bien sûr nous savons que tout intellectuel bien pensant se justifie de regarder ces émissions hyperréalistes en les abordant en tant que « champ d’investigation anthropologique ».Plaisir de défricher en toute impunité à l’abri des intempéries ! Epique ?

À propos de « l’épique » chez Brecht, voici une parabole pour aider les jeunes comédiens à décoder ce métalangage un peu trop corporatiste : Une action épique au théâtre, c’est par exemple chercher des subventions et un circuit de distribution. Le projet de spectacle redevient alors très vite minimaliste. On appelle l’ensemble de cette dynamique inversée : démonstration concrète d’un phénomène d’utopie.

Quant à « L’identification » et nous aurons fait le tour du propriétaire linguistique. « L’identification » pierre d’achoppements L’identification qui est largement dénoncée chez Brecht peut s’expliquer par cet exemple qui nous permettra de faire acte critique : « L’identification » c’est quand on rencontre des copains comédiens au chômage et que l’on fait croire que l’on est en train de répéter un grand rôle. Et une fois rentré chez soi, on se surprend à apprendre le texte. Ça c’est l’identification.
Mais si on retrouve les copains quelques semaines plus tard très occupés par un engagement récent et qu’ils vous demandent des nouvelles de votre rôle, il va falloir que vous prolongiez les répétitions. Ce en quoi ils vont penser que le metteur en scène est nul. Ils vont vous demander son nom. Il va falloir l’inventer. C’est là qu’ils vont faire semblant de le connaître et même avouer qu’ils ont travaillé avec lui et vous allez être entraîné dans une spirale infernale. Il va falloir que vous expliquiez, que vous justifiez, que vous polémiquiez à l’infini.
Vous appréhenderez alors de façon pratique ce que Brecht intitule « Le matérialisme dialectique » .

Avec toutes ces notions et ces concepts Nous voilà donc les uns et les autres munis d’un nouveau matériel à penser, donc de penser à repenser. Nous remplissons donc largement notre cahier des charges. Ainsi nous voilà libres et déculpabilisés. Cette sérénité nous incite et nous libère pour lire ou relire Brecht.

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