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Critiques / Théâtre

Pour Lucrèce

par Marie-Laure Atinault

Le combat de deux femmes

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Aix la belle palpite sous le soleil de juillet. Le sujet du jour est l’imprécation du procureur envers l’inconduite de Marcellus, un débauché, incarnation du vice. Marcellus en tire presque gloire. Tout Aix n’a plus que cet événement à la bouche. Lucile, la femme du procureur, belle prude qui ne supporte ni le mensonge ni la luxure, refuse de parler à Armand dont la femme Paola a été la maîtresse de Marcellus. Ce refus éclaire le cocu sur son infortune. Intransigeante, elle bascule le mari trompé dans l’affliction et déchaîne la fureur de Paola.

Puiser dans le passé les leçons du présent

Jean Giraudoux (1882-1944) est un auteur qui a porté la langue française sur les volutes de l’élégance. Il trouva en Louis Jouvet une sorte de pygmalion ou de Cicéron du théâtre. L’auteur mêle avec une maestria délicate la philosophie et la poésie dans une vision fondamentalement personnelle du monde. Dans l’univers de Giraudoux, il existe une correspondance sylphique entre le cosmos, la nature, et l’histoire. Il mélange mythologie, monde magique et légendes (Ondine).
L’héroïne giralducienne est dotée d’une sorte de sixième sens, elle est détentrice d’un secret ou d’un pouvoir supérieur. Elle est également un peu naïve. Giraudoux, fin lettré, aime puiser dans le passé les leçons du présent. Pour Lucrèce se situe dans le Second Empire. Dans l’Antiquité, Lucrèce est une femme de la noblesse romaine, violée par un fils de Tarquin le Superbe. Elle fait venir son père et son mari, leur annonce son infortune et se tuera sous leurs yeux..

La ruse et le mensonge

Lucille la pure est une femme mal mariée et malheureuse. Paola la sensuelle aime sincèrement son mari et ses amants. Les deux femmes sont aux antipodes de la morale et vont se confronter dans un combat où la ruse et le mensonge auront raison de l’honnêteté et de la fidélité. Comme toujours chez Giraudoux, on retrouve la figure du poète philosophe : le chiffonier de La Folle de Chaillot est ici une vieille femme faiseuse de potions, entremetteuse, interprétée avec une force extraordinaire par Jacqueline Danno. Geneviève Brunet et Odile Mallet ont porté ce projet. Elles ont une approche intime du texte, maîtrisant les finesses et les voluptés de la poésie giralducienne. Elles ont choisi de supprimer les redites - l’auteur ayant parfois recours à la répétition d’une même idée. Elles ont très bien cerné l’intrigue qui se déroule sur à peine deux jours, éliminant certains personnages annexes, coupant certaines tirades trop longues. En changeant d’époque, elles ont donné à la pièce un écho plus contemporain.

La délicatesse de l’expression

Le spectacle serait sans doute bancal si l’action s’était déroulé de nos jours mais en plaçant l’action dans les années 30 - sans que cela soit trop accentué - les sentiments ne semblent pas désuets. On est frappé par la beauté du texte, la richesse du vocabulaire, la délicatesse de l’expression.
La distribution est de belle facture. Jean-François Guilliet est un procureur plus vrai que nature. Qu’il est agréable de voir un comédien à la diction parfaite ! Yvan Varco donne à Marcellus les nuances d‘un Don Juan fatigué, prêt à céder à la fidélité et à la pudeur du sexe. Gwenola de Luze, belle, vigoureuse, succède à Edwige Feuillère qui créa le rôle. La "Grande Dame" serait sûrement heureuse de cette reprise de rôle.

Pour Lucrèce, de Jean Giraudoux. Mise en scène : Odile Mallet et Geneviève Brunet. Avec Geneviève Brunet, Jacqueline Danno, Gwenola de Luze, Marianne Giraud ou Juliette Meyniac, Jean-François Guilliet, Patrice Keller, Antoine Novel, Yvan Varco. Théâtre 14 - Jean-Marie Terreau, Paris 14e. Location : 01 45 45 49 77, jusqu’au 4 mars.

Crédit photo : Lot

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