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Critiques / Opéra & Classique

Platée de Jean-Philippe Rameau

par Caroline Alexander

Fantaisie poétique et bouffonneries échevelées

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Redécouverte il y a 12 ans par Marc Minkowski et Laurent Pelly dans une production qui depuis lors, de reprise en reprise, fait les beaux soirs du Palais Garnier à Paris (voir webthea du 11 décembre 2009), l’irrésistible Platée de Jean-Philippe Rameau a peu engendré d’émules, ce qui, vu le bonheur absolu de sa musique et de sa fantaisie est bien énigmatique. Marc Clémeur, le nouveau directeur de l’Opéra du Rhin à Strasbourg, a eu la très bonne idée de l’inscrire au programme de sa première saison en terre alsacienne et d’offrir ainsi à la nymphe grenouille une nouvelle occasion de coasser à tout « quoi, quoi, quoi ».

Son choix s’inscrit dans sa perspective de présenter chaque année des œuvres rarement jouées du répertoire français. Engagement réussi par les musiciens et les chanteurs en parfaite adéquation avec l’œuvre : Christophe Rousset et ses Talens Lyriques dans la fosse et une distribution qui s’ébroue joyeusement dans les bouffonneries de la mise en scène de Mariame Clément.

Un joli condensé de drôleries de Mariame Clément

L’imagination en roue libre constitue à coup sûr la clé de voûte de cet objet lyrique difficile à identifier que Rameau composa en 1745 à l’occasion du mariage du Dauphin de France avec l’Infante d’Espagne. Richesse harmonique, inventivité, humour décalé, l’art du compositeur des Indes Galantes et d’Hippolyte et Aricie quitte les boulevards tracés par ses tragédies et ses ballets pour oser des ruptures et des envols aérés de cocasserie. Mariame Clément les assaisonne d’une vinaigrette au piquant des années cinquante du dernier siècle, un transfert en forme de pot pourri des modes, des gens et du cinéma de ces années-là. Le démarrage du prologue constitue un joli condensé de drôleries dans le décor en forme de pochette surprise de Julia Hansen. : en façade, une superposition de tableaux à la Mondrian d’où sortent, comme de tiroirs à malices, toutes sortes d’éléments, de mobiliers et d’accessoires et de bestiaux qui font valser les situations comme ce lit d’où s’échappe une nuée de femmes de chambres qui, sous la couette, viennent de satisfaire une nuée de clients.

Trop de gags tuent le gag

Le royaume des dieux est ici un hôtel très très particulier où le plaisir des sens fait tourner les têtes et les corps, où Thespis, ivre mort, se fait doubler par un ballet loufoque où titube une armée de pochetronnés (chorégraphie déjantée de Joshua Monten). Platée, la grenouille qui se croyait aussi belle qu’une déesse patauge au fond d’un aquarium en deux dimensions, un petit pour salon puis le même agrandi à taille humaine. Les dieux, les hommes, les bêtes se font des niches et c’est très drôle. Jusqu’à l’entracte le charme opère puis tout à coup s’étouffe à force de nouveaux gags, de juxtapositions d’effets, de références, de clins d’yeux jusqu’à former une sorte de ramassis de poncifs et de clichés, où défilent, entre autres, le général de Gaulle, Einstein, la Statue de la Liberté, Superman, Marilyn Monroe et le ballet des nageuses d’Esther Williams… Tandis la grenouille Platée se déguise en mémère à perruque blonde et manteau framboise. Trop de gags tuent le gag. Les effets s’annulent et s’éloignent de la musique qui poursuit seule en élégance joyeuse sa ligne directrice. Mariame Clément n’a pas su freiner sa boulimie d’effets. Dommage.

Christophe Rousset tend un filet de grâce et de souplesse

A l’opposé de ses débordements Christophe Rousset tient la trentaine de musiciens de ses Talens Lyriques dans un filet de grâce et de souplesse. Loin de la brillance échevelée de Marc Minkowski, il offre à Rameau un écrin de fantaisie poétique. Il est également à l’origine du choix des interprètes choisis tant pour leurs qualités vocales que pour celles de leur jeu. Le jeune Emiliano Gonzalez Toro qui est passé du timbre de contre ténor à celui de ténor léger, compose et chante une Platée à la fois succulente et attendrissante, bêtasse et maladroite, prise au jeu cynique d’un Jupiter bellâtre que la basse François Lis incarne en dandy léger. Salomé Haller fait pétiller les aigus de la Folie et swinguer ses hanches rondes, Cyril Auvity s’enivre en Thespis et complote en Mercure, et en Junon, la jalouse, Judith Van Wanroij apporte plus d’ironie et de rondeur maternelle que d’hystérie, ce qui la rend à la fois plus comique et plus sympathique.

Un rendez-vous à noter : ARTE Live Web retransmettra cette réalisation en direct le jeudi 18 mars à 20h. A suivre sur www.arteliveweb.com . La vidéo restera visible sur le site pendant 6 mois.

Platée de Jean Philippe Rameau, ensemble Les Talens Lyriques, direction Christophe Rousset, mise en scène Mariame Clément, chorégraphie Joshua Monten, décors et costumes Julia Hansen, lumières Reinhard Traub. Chœur et ballet de l’Opéra National du Rhin. Avec Emiliano Gonzalez Toro, Salomé Haller, François Lis, Cyril Auvity, Judith Van Wanroij, Céline Scheen, Evgueniy Alexiev, Christophe Gay, Tatiana Zolotikova, Fan Xle.

Strasbourg, Opéra National du Rhin, les 12, 16, 18, 20 & 22 mars à 20h, le 14 à 15h

0825 84 14 84 – depuis l’étranger : +33 (0)3 88 75 48 23 - caisse onr.fr

Mulhouse – La Sinne : le 28 mars à 15h – le 30 à 20h -
+33 (0)89 33 78 0
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