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Critiques / Théâtre

Place des héros

par Marie-Laure Atinault

Parole de haine

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La place des héros, Heldenplatz, à Vienne, entourée de constructions hiératiques, ne ressemble en rien à un décor d’opérette. Le 15 mars 1938, Hitler y fut acclamé au lendemain de l’Anschluss. Un souvenir que nombre de Viennois voudraient oublier. C’est pour ne plus entendre les cris de l’histoire que le professeur Joseph Schuster, le personnage central mais absent de la pièce de Thomas Bernhard, s’est jeté par la fenêtre de son appartement qui donne sur la place des héros, où il avait pourtant choisi de revenir habiter.
Thomas Bernhard, figure marquante du théâtre des années 80, a écrit cette pièce, sa dernière, en 1998. La véhémence de la prose de l’Autrichien le plus acariâtre s’inscrivait alors en pleine actualité politique, avec l’élection à la présidence autrichienne de Kurt Waldheim et la révélation de son passé embarrassant. La pièce est un oratorio pour trois solistes avec un chœur. Une construction somme toute de tragédie classique. On ne voit pas les événements. Des choreutes nous narrent le drame de la famille Schuster, arrachée à ses racines.

La culpabilité nazie

Dans Place des héros, qui fait son entrée au répertoire de la Comédie Française, on retrouve les deux grands thèmes de l’œuvre de Thomas Bernhard : la culpabilité nazie et le théâtre - son rôle, sa place dans la société. La prose de Bernhard est précise, nette, osant un lyrisme acerbe. Il manie avec maestria le procédé du pavé dans la mare de la tranquillité, de l’oubli consensuel.
La pièce ouvre ici avec la gouvernante du professeur, Madame Zittel, interprétée par une Christine Fersen époustouflante. Elle a longtemps accompagné le professeur et elle décrit un homme maniaque, un fanatique de l’exactitude. Elle s’active inlassablement dans des tâches domestiques réglées au millimètre, rabâchant, ressassant les dits et les faits du défunt.

Des flèches assassines trempées dans le curare

Le deuxième chant de mort est joué par la soeur, la fille et le frère du professeur. Le vieux Robert Schuster entend encore, comme tous les autres, les échos des acclamations du salut nazi, sur la place des héros. Robert Schuster est interprété par François Chattot, nouveau pensionnaire de la Comédie Française, mais vieux routier du théâtre. Il donne à son personnage une tranquillité morbide.
Les sentences de Bernhard sont des flèches assassines trempées dans le curare. Le théâtre ne sert qu’à réguler la digestion où le mariage est construit sur l’anéantissement de l’autre, les socialistes sont les fossoyeurs de l’Etat.
Thomas Bernhard a toujours vécu comme un survivant, trouvant dans l’écriture un exutoire et la force de survivre. Son œuvre semble bâtie sur la haine et le ressassement, mais il disait que lui non plus ne pouvait pas vivre ailleurs qu’à Vienne, sa Rome, unique objet de son ressentiment. Au travers de ce théâtre amer, lucide, refusant tout compromis, Thomas Bernhard a écrit sur un pan de l’histoire de son pays qu’il haïssait passionnément, contribuant à lui retirer le bandeau de la bonne conscience.

Sobriété absolue

Jorge Lavelli fut le premier en France à monter cette pièce au théâtre de la Colline, avec Annie Girardot et Guy Tréjean. Ce fut un véritable coup de poing. Arthur Nauzyciel en réalise, à son tour, la mise en scène, privilégiant une sobriété absolue, plongeant les protagonistes dans un clair obscur. L’obscurité ambiante peut cependant être préjudiciable à l’écoute des spectateurs qui doivent être sur le qui-vive pendant trois heures sans entracte. Il faut en effet digérer le texte.
Nauzyciel a demandé à Éric Vigner de signer le décor. Les simples silhouettes des maisons entourent les comédiens. Ce décor est un acteur à part entière de cette pièce incantatoire.
On peut ne pas apprécier la prose de Bernhard, ce flot de haine et de rancune à l’état brut, mais comme toujours à la Comédie Française, l’interprétation est éloquente et irréprochable.

Place des héros, de Thomas Bernhard. Mise en scène : Arthur Nauzyciel. Avec Catherine Samie, Christine Fersen, Claude Mathieu, Thierry Hancisse, François Chattot. (en alternance). Comédie Française 08.2510.1680. www.comédie-française.fr

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1 Message

  • > Place des héros 20 janvier 2005 12:31, par trystan

    D’UN ENNUI A PERIR. Cette pièce hystérique et paronoïaque rejoint dans le discours ceux qu’elle veut condamner. Les spectateurs supportent pendant 3 heures un texte monolithique, répétitif, totalement inintéressant et caricatural à l’extrême.
    Il n’y a pas d’entracte et pourtant des spectateurs fuient la salle Richelieu.
    Comme les Juifs en 1938, les spectateurs tentent de trouver la salut dans la fuite.
    Personne n’a le monopole de l’excés, un exercice trop facile pour intello décati et finissant !
    En tous cas, j’ignore pourquoi on inflige une telle chose propre à dégouter du théâtre pour la vie !
    VIVE MOLIERE ! VIVE IBSEN !

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