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Pippo Delbono, récits de Juin, Actes Sud

par Jacky Viallon

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L’originalité de cette biographie porte sur le fait qu’elle est directement exprimée via un récit, récit fourni à la première personne par Pippo Delbono lui-même.
On prend vite conscience du regard particulier avec lequel il accompagne sa narration en nous imposant son inquiétude quant au mal qui le ronge.
Il y a alors une sorte d’urgence à dénoncer, exprimer, exposer, communiquer, comme si ce discours avait quelque part vocation testamentaire. Mais l’ensemble de l’énoncé est totalement travesti d’humour et d’ironie. Dédramatisant ainsi la vérité, Pippo Delbono parait traverser la vie en toute impunité. S’autorisant ainsi ce jeu de yoyo, il nous entraîne dans ses images et ses réflexions, tirant les fils du poétique, il navigue de la vie à la scène rapportant de-ci et de-là différents éléments qui ne manquent pas de piquant.

Les anecdotes vont bon train et illustrent agréablement et pertinemment le récit pendant que sous-jacente se déploie et semble glisser, dans le livre, toute une effeuillée de photographies comme échappées d’un album de photos de famille. On entre dans l’espace, on pourrait dire « civil » de l’artiste, mais on est vite repris par ses préoccupations scéniques. Ainsi le récit affiche-t-il un nouveau mode de narration. Des impressions et des ambiances habillent alors nos pensées, on imagine bien sa démarche artistique bien qu’elle ne soit pas explicite. Elle nous est renvoyée par ordre intuitif, il n’appartient qu’à nous de nous abandonner au pressenti pour appréhender au mieux cette personnalité. Il y a semble-t-il chez Pippo Delbono une dimension quasiment anthropologique : il est bien certain qu’à travers ses réflexions, ses anecdotes, ses références multiples et l’atypisme de sa démarche artistique Pippo Delbono matérialise et rassemble inconsciemment les archétypes fondamentaux et culturels d’une société. Cette vérité souterraine n’est pas sans cacher l’esprit perturbateur de notre artiste qui nous incline à saisir le monde comme un diable par la queue, c’est à dire jouer de pirouettes et de fantaisies même si nous sommes face à nos murs qui s’effondrent.

« Pippo Delbono, récits de juin »

Actes Sud, Nov. 2007, 25 €

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