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Critiques / Opéra & Classique

Pelléas et Mélisande et Claude Debussy et Maurice Maeterlinck

par Caroline Alexander

Beau à entendre, déconcertant à voir

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La deuxième saison de Peter de Caluwe à la tête de La Monnaie de Bruxelles s’est ouverte début septembre avec une nouvelle, belle et très déconcertante production de Pelléas et Mélisande, cet opéra au son et au verbe symboliste que Debussy composa sur le texte d’une pièce du poète belge Maurice Maeterlinck.

Déconcertante à coup sûr est la scénographie imaginée par le plasticien britannique d’origine indienne Anish Kapoor, un « artiste visuel » ainsi qu’il se définit dans la biographie du programme - ce qui, pour un peintre ou un sculpteur fait curieusement fonction de pléonasme -. Sollicité par le metteur en scène Pierre Audi, directeur depuis 20 ans de l’Opéra d’Amsterdam, il a posé sur scène une sorte de structure géante évoquant tour à tour, selon l’imagination de chacun, le pavillon intérieur d’une oreille, un champignon coupé en deux dans le sens de la longueur ou un coquillage de science fiction ramassé dans les coraux de la mer rouge. Arrimé sur un plateau tournant qui va et vient dans un mouvement quasi perpétuel, serti de passerelles et de pointes de ferrailles comme autant de griffes… Les subtiles lumières de Jean Kalman le font glisser dans tous les registres de rouge. Une abstraction en quelque sorte conçue dans la mouvance de ce qui se pratique dans les installation d’art contemporain, esthétiquement intéressante mais à laquelle il manque l’élément essentiel de l’œuvre qu’elle est supposé d’illustrer : l’eau.

Mélisande chauve

Pelléas et Mélisande est un opéra aquatique. La mer, tant aimée de Debussy, y est omniprésente, l’eau réfléchit et absorbe les objets, les êtres et leurs rêves. Rien dans le décor, ni dans les costumes tachés de rouge sang mais dans l’ensemble plutôt neutres, ne donne à deviner l’espace lisse, mouvant et transparent de l’onde. Un autre parti pris prend, si l’on ose dire, la légende à rebrousse poil : Mélisande est chauve ! Quand Pelléas chante : « Tes cheveux descendent vers moi, toute ta chevelure est tombée de la tour … je les tiens dans la bouche, je les tiens dans les bras, je les mets autour de mon cou… », des rires discrets secouent quelques épaules parmi les spectateurs…

Golaud passé par le filtre de la psychanalyse

Pauvre Mélisande rendue encore plus étrange et plus diaphane avec ce crâne lisse qui la fragilise comme une malade en sursis et accentue sa marginalité. Sandrine Piau réussit à lui donner la classe d’une princesse de conte de fée, tête haute, dos droit et regard lointain… Fine comédienne doublée d’une soprano au timbre limpide et aux couleurs pastel, elle pare son héroïne de ce don d’absence, de cette ligne de fuite qui en font toute l’ambiguïté. Stéphane Degout n’a sans doute pas le timbre idéal de baryton martin pour Pelléas, ses graves ont déjà le poli du bronze, mais il en a la jeunesse, l’intelligence du jeu et la vaillance. Dans quelques années il sera un Golaud parfait, ce Golaud, amoureux déchiré que Dietrich Henschel incarne avec une violence et un désespoir qu’on ne lui attribue pas souvent, un Golaud passé par le filtre de la psychanalyse qui se révèle d’une incroyable force. La voix est chaude et magnétique, la présence inquiétante. Alain Vernhes en Arkel tenté par les fraîcheurs de l’innocence s’impose en vieux monarque, Marie-Nicole Lemieux en Geneviève que l’on pourrait qualifier d’anthologie…

Tous, y compris les plus petits rôles, sont à leur place vocalement et usent d’une diction parfaite. Les surtitres pour une fois semblent superflus. Si le chef anglais Mark Wigglesworth, à la tête de l’excellent orchestre symphonique de La Monnaie, ne prend jamais d’initiative personnelle, son interprétation se contente d’être fidèle. Sage et convenue, elle a le défaut de ne rien transfigurer mais aussi le grand mérite de ne rien défigurer.

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy et Maurice Maeterlinck, orchestre symphonique et choeurs de la Monnaie, direction Mark Wigglesworth, mise en scène Pierre Audi, scénographie Anish Kapoor, costumes Patrick Kinmonth, lumières Jean Kalman. Avec Sandrine Piau, Stephane Degout, Dietrich Henschel, Marie-Nicole Lemieux, Alain Vernhes, Jean Teitgen, Wiard Witholt, Valérie Gabail.
Bruxelles - Théâtre Royal de La Monnaie - du 2 au 23 septembre 2008

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