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Critiques / Théâtre

Passagères de Daniel Besnehard

par Brigitte Coutin

Voyage en mer stalinienne.

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Tatiana Spivakova reprend 36 ans après sa création la pièce de Daniel Besnehard Passagères dans une version personnelle avec l’accord de l’auteur. Elle introduit des extraits des poèmes de la poétesse russe Anna Akhmatova qui témoigne de la violence de la répression. Ses œuvres furent condamnées et censurées par les autorités staliniennes, son mari fusillé en 1921 et son fils déporté au goulag. La terreur qui écrase, broie les êtres nous la retrouvons dans la situation que nous propose la pièce Passagères. Nous sommes sur un brise-glace marchand réquisitionné par l’armée qui navigue dans l’extrême nord de la Russie et fait escales dans différentes îles et villes portuaires. Sur ce navire quelques cabines sont réservées à des passagers civils. Katia (Sarah Jane Sauvegrain) est une jeune fille pleine d’espoir, originaire de l’île de la solitude, en partance pour Moscou où elle espère intégrer le Théâtre d’Art. Elle rencontre Anna (Catherine Gandois), plus âgée et chargée du ménage et des travaux de couture. Les deux femmes, au cours du voyage, vont progressivement se faire des confidences. Le théâtre les rapproche. Anna est une ancienne comédienne victime de la répression stalinienne. Son mari est déporté au goulag et elle a été condamnée à travailler sur ce navire, sous la surveillance menaçante et violente d’un jeune officier interprété avec justesse par Vincent Bramoullé. Anna note secrètement dans un cahier des vers de la poétesse Akhmatova et se remémore des vers de La Mouette dans un échange réussi avec Katia.
Le décor qui représente la coursive d’un pont inférieur, suggère l’enfermement physique et symbolique de ces personnages dont chaque geste, chaque mot peuvent être dangereux. Dans ce huis-clos oppressant, Catherine Gandois et sa fille Sarah Jane Sauvegrain qui reprend le rôle que sa mère a créé, interprètent avec finesse des personnages qui évoluent au fil de cette longue traversée.
L’éclairage de Cristobal Castillo, parfois un peu sombre, est subtil néanmoins pour évoquer les conditions précaires de ce voyage et ce monde de ténèbres où l’art, la parole sont ensevelis.
Tatiana Spivakova désire exprimer de quelle manière « l’instrumentalisation de la peur conduit à l’ablation des sens » et « récréer au plus sensible le vertige d’être au bord du précipice ». Son projet est dans l’ensemble abouti et Passagères est une fiction sans prétention historique mais elle rappelle la violence passée des purges staliniennes et rend hommage à ces artistes qui ont bravé la censure et la mort pour que les victimes ne disparaissent pas dans la nuit.
Passagères de Daniel Besnehard, adaptation et mise en scène de Tatiana Spivakova, avec Catherine Gandois, Sarah Jane Sauvegrain et Vinvent Bramoullé.
Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, 75006 paris, tl : 01 45 44 57 34
Jusqu’au 22 mars à 21H.
Crédit photo : Arthur F.

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