Paris loves Cole Porter

La troupe des Frivolités parisiennes fait revivre le musicien américain des Années folles.

Paris loves Cole Porter

« I love Paris ». Cette déclaration d’amour du plus populaire des « Américains à Paris » est dite, chantée sur tous les tons et même dansée dans le spectacle que le Châtelet, théâtre musical de Paris, propose pour les fêtes. Une production qui, dans la morosité ambiante, veut ressusciter la joyeuse insouciance - du moins pour les nantis - des années dites folles, soit l’après-première guerre mondiale, les années vingt. Période qui a vu converger vers la ville lumières une foule de créateurs d’outre-Atlantique inhibés dans leur propre pays par le puritanisme régnant et la prohibition. Sans conteste, Cole Porter est le plus emblématique d’entre eux, qui après un premier flop sur une scène musicale de Broadway, débarque à Paris en 1917 dans le sillage de l’armée américaine venue en renfort des troupes alliées.

Pour évoquer la vie fastueuse de ce compositeur et lyricist (parolier) dont les hits ont été repris par les plus grandes stars du music-hall (Ella Fitzgerald et Frank Sinatra pour ne citer qu’eux), le metteur en scène Christophe Mirambeau, meneur de la troupe des Frivolités parisiennes, organise son spectacle comme un pot-pourri d’une trentaine de titres du musicien (en anglais sur-titré) qui s’enchaînent sans temps mort. En évitant d’assigner un acteur à chaque personnage, chacun jouant tour à tour les rôles chantés et parfois parlés et/ou dansés du récit.

Un petit orchestre d’une douzaine de musiciens présents sur scène (dont un accordéon ajouté pour donner une tonalité frenchy) donne la cadence, tandis qu’une demi-douzaine d’artistes pour le chant et autant pour la danse exécutent les numéros. Cela fait beaucoup de monde sur scène pour un décor minimaliste (pour ne pas dire pauvre) constitué d’éléments découpés qui descendent des cintres par intermittences, inspiré selon la scénographe Casilda Desazars (également costumière) par les peintres cubistes de l’époque.

Les plaisirs de la chère et de la chair

Ce sont donc les dix ans de la vie parisienne de Cole Porter, de 1917 à 1928, qui défilent avec des arrêts sur les épisodes les plus marquants de la carrière et des amours de ce jeune héritier surdoué, formé à l’école classique de la Schola Cantorum mais plus intéressé par le jazz. Cet homosexuel non déclaré veut croquer la vie à belles dents et ne se refuse aucun plaisir de la chère comme de la chair. Avec, à chaque stance, une chanson associée à la période et, de ci delà, quelques séquences parlées nécessaires à la compréhension du récit.

Cela commence donc dans la joie par « I love Paris » et se termine dans la mélancolie par « Paree [Paris avec l’accent], what did you do to me »). Entre-temps défilent son mariage de pure convention avec la richissime héritière Linda Lee Thomas, avec qui il forme le couple improbable des « Colporteurs », volant de palace en palace (« Pilot me ») ; son amour malheureux pour le danseur des Ballets russes Boris Kochno (« I’m in love again ») ; ses premiers succès avec les Ballets suédois (« Within the quota ») et sa revue au café des Ambassadeurs à laquelle participa George Gershwin (dont est repris le fameux « The man I love ») ; ses fantasmes (« Find me a primitive man ») et ses désillusions amoureuses (« Who said gay Paree »)

Si la troupe fait preuve d’un bel enthousiasme, le spectacle, qui verse souvent dans un sentimentalisme sirupeux, manque de glamour et parfois de peps. Au soir de la première, les interprètes, qui ne sont pas tous de prime jeunesse, étaient un peu à la peine pour faire ce que les artistes américains savent faire à la perfection : jouer, chanter, danser. Espérons que le spectacle se rôde d’ici aux fêtes…

« Cole Porter in Paris ». Conception, dialogues et mise en scène : Christophe Mirambeau. Décors et costumes : Casilda Desazars. Chorégraphie : Caroline Roëlands. Création lumières : Renaud Corler. Création sonore : Stéphane Oskeritzian. Assistante mise en scène : Eva Foudral. Avec Léovanie Raud, Marion Tassou, Charlène Duval, Yoni Amar, Richard Delestre et Matthieu Michard. Et la troupe des Frivolités parisiennes.
Théâtre du Châtelet, jusqu’au 1er janvier 2022, www.chatelet.com.

Photo : Hélène Pambrun

A propos de l'auteur
Noël Tinazzi
Noël Tinazzi

Après des études classiques de lettres (hypokhâgne et khâgne, licence) en ma bonne ville natale de Nancy, j’ai bifurqué vers le journalisme. Non sans avoir pris goût au spectacle vivant au Festival du théâtre universitaire, aux grandes heures de sa...

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