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Critiques / Théâtre

On n’est pas seul dans sa peau - Scénario : Julie Bérès et Elsa Dourdet

par Jacky Viallon

Théâtralisation d’une mort avancée

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Dans ce spectacle, sous la loi antique de Chronos se déroule devant nous l’insidieux travail des Parques qui laissent filer devant nos yeux, ô combien inaptes parce peu initiés, des séquences de vie et ainsi des approches de la mort.

La toute première image du spectacle, semble surgir de quelque enfer endormi, la définition se fait lentement mais fatalement, transformation rampante et silencieusement douloureuse de la chrysalide.
Tout semble émerger de différents espaces, comme si quelque part les divers éléments cherchaient une respiration humaine. Sous l’effet subtil et minutieux des éclairages les formes se dégagent peu à peu de la mystérieuse et cotonneuse pénombre. Cette genèse semble vouloir s’ériger sur le plateau telle la griffe revendicatrice d’une affirmation du réalisme au théâtre, passage toutefois obligé malgré les volontés de convention et de symboles.
Le dispositif scénique déploie, superpose, met à plat ou en angles inattendus différents plans, que notre interprétation gourmande de réalisme accepte parfois avec une certaine réticence. Nous pouvons confirmer une fois de plus, qu’il existe bien cette « autoéducation du spectateur » dont parlent Piscator et Brecht : intégration progressive des nouveaux codes par le spectateur qui peut alors interpréter d’autres archétypes théâtraux.

Et c‘est là que se manifeste une fois de plus la magie du théâtre : tout semble prendre sens et logique comme si on sortait d’un cauchemar d’incompréhensions, comme si notre cerveau venait d’être tiré du néant pour le rendez-vous de la vie et de la mort. Justification de cette facture esthétique qui fournit fragmentation, déchirure, étirement et démultiplication des images. Comme dans le tableau de la vie, au final tout s’organise et se compose pour encore mieux se détruire.

Ce curieux kaléidoscope d’impressions et d’étonnements tourne et propose des figures étirant et spiralant les fils de la mémoire...
Mémoire : point essentiel du thème traité dans ce spectacle. Sur le plan concret, il s’agit des réminiscences fragmentées que nous fournit, Rose, personnage plus ou moins fictif. Une ancienne chanteuse de rock parle de son passé. Dieu sait que la plupart des artistes y sont attachés. Ainsi avec le temps la gloriole ou l’anecdote s’expriment dans un bouillonnement dantesque.

Il y a donc ce témoignage qui soutient la trame dramaturgique qui convoque elle-même le thème du vieillissement, de la « finitude » dira le metteur en scène Julie Bérés.
Puis brutalement au dernier tiers du spectacle. Tout bascule. La mécanique du dispositif scénique apparaît presque impudiquement à nos yeux, les éclairages virent au plein feu. On livre la vraie vie, la vie présente, la vraie fin, la vraie vérité sur l’être humain. On assiste donc à un reportage filmé dans une maison de retraite, la maison AREPA de Villejuif. Par rapport à la démarche de la partie précédente, les témoignages prennent une profonde résonance et nous n’en sortons pas indemnes. Merci la compagnie des Cambrioleurs pour cette petite paire de claques sur les grosses joues du conformisme.


« On n’est pas seul dans sa peau »
Mise en scène : Julie Bérés,Scénario : Julie Bérès et Elsa Dourdet
Centre dramatique national de Montreuil jusqu’au 2 décembre 07.
Tournée : Bar-le-Duc les 13 et 14 Dec 07 , Verdun les 14 et 15 Janv. 2008, Flers Mars 08. Rens compagnie : 01 40 33 79 13

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