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Critiques / Théâtre

Nuit blanche

par Marie-Laure Atinault

Famille, quand tu nous tiens

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Dans la lumière crue et le décor impersonnel d’une salle d’attente d’un funérarium, un homme et une femme attendent. Il est impatient. Elle est butée. L’hostilité qui les lie est palpable. Normal, ils sont frère et sœur. Marianne et Jean veillent leur père. Ils ne se sont pas vus depuis 30 ans. Depuis ce matin où Marianne quitta ses parents après une dispute avec son père. Entre eux, il y a le poids des non-dits, des quiproquos.
Un silence d’enclume fracassant qui précède les cris. En 30 ans, on a trop de choses à se dire pour pouvoir parler. Mais Jean veut savoir. Il en veut terriblement à sa grande sœur de l’avoir abandonné. Il est amputé d’une partie de son enfance, de tant de souvenirs communs qu’ils n’ont pas eus !
Ils ne connaissent rien l’un de l’autre. Mais souhaitent-ils vraiment faire la connaissance pour l’un du mari et des enfants, pour l’autre de la petite amie ? Sont-ils prêts à partager le gigot dominical ? La nuit va être longue. Seuls, avec le corps sans vie de leur père. Après l’hostilité des premières retrouvailles, ils ouvrent leur cœur.

Blessures intimes

Gérard Aubert est un auteur délicat. Il connaît les arcanes de la vie de famille. Le dialogue frère / sœur est un régal de justesse. Les mots qui achoppent, le silence lourd de reproches, le geste qui énerve. Les blessures intimes mal cicatrisées qui s’ouvrent en revoyant l’autre. Gérard Aubert a composé cet oratorio pour frère et sœur avec un crescendo autour d’une question obsédante : pourquoi Marianne est-elle partie ?
Il a su doser l’exaspération, la peine, la rancune, l’interrogation. Gérard Aubert à qui l’on doit le très réussi Raisons de famille (1999-2001 au Théâtre Hébertot) évite beaucoup de pièges et nous lance sur des fausses pistes. Gildas Bourdet, qui avait mis en scène Raisons de famille, donne à la pièce les différentes couleurs de cette Nuit blanche : lumières crues, couleurs blafardes, bruits sourds de la rue.

Rires et clins d’œil

Avec Edward Lang, ils ont réalisé un décor très réussi. Ce huit clos n’est pas mortifère, il y a la gêne, le jeu du chien et chat de Jean et Marianne, générateur de rires et de clins d’œil. Tout cela, Gildas Bourdet le suggère, le souligne, cernant ses personnages. Il a choisi deux comédiens qui semblaient être destinés à jouer Marianne et Jean. Valérie Mairesse donne à sa Marianne un air buté dans lequel on décèle la jeune fille qui a claqué la porte paternelle. Cette comédienne a une lumière, une authenticité dans tous ses gestes. Vincent Winterhalter retrouve son metteur en scène de La Reine de beauté de Leenane. Elégant et racé, il est Jean, le petit frère blessé. Nous espérons que cette Nuit blanche trouvera très vite un théâtre permettant une longue série de représentations.

Nuit Blanche, de Gérard Aubert, mise en scène de Gildas Bourdet, décor de Gildas Bourdet et d’Edouard Lang, avec Valérie Mairesse et Vincent Winterhalter. Théâtre de l’Ouest Parisien, 60-62 avenue Jean-Baptiste Clément, 92100 Boulogne-Billancourt. Tél. : 01 46 03 60 44, jusqu’au 23 mai.

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