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Billets d’humeur / Jacky Viallon

Nouvelles insolites

par Jacky Viallon

A propos du recueil de nouvellles de Robert Ulliac aux éditions Henry

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La grande liberté qu’autorise la chronique permet de s’attarder avec préméditation sur des rencontres qui n’appartiennent pas à l’ordre du hasard. Par exemple :
Un ami me prête un ouvrage acheté dans un centre de distribution de type Leclerc.
Oui je sais, j’ai tort d’avoir un ami qui achète ses livres proches des gondoles laitières et qui s’attache au prix promotionnel de 50 Kg de nouilles droites permettant de gagner la boîte de 200 g de sel dit de Guérande !
Mais si cet ami n’avait pas acheté son beurre chez Leclerc, mais chez Fauchon, par exemple, il n’aurait pas vu les livres cachés derrière les papiers de soie et les kikis paradiste de la foire aux fromages. Donc mon ami, qui achète son beurre chez Leclerc, m’a prêté un livre retenant entre ses pages de courts récits aux contenus insolites et pertinents. À savoir que cet ami qui n’achète pas son beurre chez Fauchon à un certain sens du partage : il prête le livre, mais ne donne pas. Il prête, car il sait que donner un livre l’allonge définitivement dans la bibliothèque d’un seul lecteur. Ainsi mon ami, qui achète toujours son beurre chez Leclerc comme dans le début du premier paragraphe, est animé d’un certain sens philanthropique et quasiment pédagogique de la distribution. Voyez au passage l’analogie : Distribution / Leclerc.
Mais parlons du livre de Robert Ulliac, en fait, nous ne sommes pas venu sur cette page pour du beurre.
Donc, situons vite cet auteur avant qu’il ne fonde. :
Pour le situer précisément, bien que je n’aime guère les comparaisons, il aurait le sarcasme et l’insolite d’un style d’auteur comme Roald Dahl, le descriptif tendu comme dans un polar d’un John Fante. Mais il y a surtout une grosse part et disons même la totalité d’un Robert Ulliac. Mais Robert Ulliac a-t-il seulement connu Robert Ulliac tant parfois Robert Ulliac paraît ressembler à Robert Ulliac. Mais il faut dire que Robert Ulliac possède une écriture de type caméléon, douée d’une variété d’univers et de multiples ambiances.
Il serait banal de dire que son écriture est fluide, qu’elle nous entraîne dans des évocations faisant oublier le style au profit du récit. Emporté par l’originalité du scénario on occulte en soi, dans son intime lecture, le support stylistique et l’on glisse et file dans l’ouvrage, abandonnant la fin d’un récit pour le début d’un autre.
Ulliac est armé de la précision et de la ténacité d’un moine copiste penché sur la minuscule arabesque de sa dernière enluminure. Mais il sait aussi naviguer et glisser en toute modernité sur le métal hurlant de la technologie moderne, vénérant à travers de sombres fictions la science informatique magnétique, et encore, un tout petit peu… électrique.
Puis brusquement, il vous renvoie dans le silence feutré d’une campagne accueillante où l’on y cache du drame à courte paille caché sous des draps bucoliques…Ainsi grâce à cette distance on échappe au passéisme, à la nostalgie et cendrier des souvenirs bucoliques. Non ! L’intrigue reste bien là, les yeux fixés sur nous il nous semble être impliqué directement dans cette histoire.
Ces récits sont porteurs, actifs et très courts ce qui offre une grande légèreté à l’ouvrage.
Merci aux éditions Henry de nous faire découvrir ces pages et par là même des auteurs nouveaux.
PS : Si vous cherchez le beurre. Première page à droite au bout de la dernière ligne à gauche. A côté de la librairie d’en face.

« Nouvelles insolites » de Robert Ulliac aux éditions Henry . Juin 2006 - 15 €.
www.editionshenry.com

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