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Critiques / Théâtre

Métastases et Métamorphoses

par Jacky Viallon

Dada et surréalisme ( Le retour)

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Werner Schroeter et Maria Machado ont fait une étrange investigation dans l’œuvre de Roland Dubillard. Aussi ont-ils eu la volonté de présenter deux œuvres éloignées dans le temps : Si Camille me voyait, écrite et présentée en 1953 au théâtre de Babylone, et Madame fait ce qu’elle dit, pièce plus récente, achevée peu de temps avant la disparition de l’auteur. Petite parenthèse pour respecter la mémoire des lieux : le théâtre de Babylone était situé boulevard Raspail près de l’emplacement actuel du théâtre de l’Alliance française. A l’époque, il a une grande importance. Fondé sur l’impulsion de Jean-Marie Serreau en 1952, il connaît différents succès : la mise en scène de Roger Blin, en 1953, de En attendant Godot de Samuel Beckett, et la même année, la création de Jean Marie Serreau de Si Camille me voyait, de Roland Dubillard.

Délires de jeu, d’images et de textes

Malgré la gravité des sujets, la mise en abîme des personnages courant à leur perte avec Si Camille me voyait et le traitement inéluctablement absurde de l’approche de la mort dans Madame fait ce qu’elle dit offrent néanmoins une tonalité générale assez drôle, parfois pathétique, mais toujours traitée avec distance et humour. Certaines interrogations nous ramènent d’ailleurs à nos propres angoisses. Ce spectacle n’est pas sans rappeler, de manière élégante, subtile, narquoise, sarcastique et banale, que nous ne sommes faits que pour mourir. Une fois ce postulat établi, il faut bien, finalement, accepter d’en rire. C’est cette ambiance qui se dégage de ces deux présentations. Le contenu livre toutes sortes de références au théâtre Dada et surréaliste et pour ceux qui n’auraient pas eu le temps d’en saisir les clés, le traitement est populaire et sensible. On entre dans ces délires de jeu, d’images et de textes avec confiance et on se laisse porter jusqu’au dernier mot (qui est aussi le dernier souffle du personnage). Le traitement de l’image offre une acuité que l’on doit probablement à l’expérience cinématographique de Werner Schroeter qui co-signe la mise en scène. On perçoit cette intensité dès le levé de rideau. Son collaborateur, plasticien scénographe est dangereusement complice dans cette belle exécution. Les lumières de Bruno Monnez sont travaillées avec intelligence et ne se fardent pas d’utilité esthétique. On laissera au spectateur le plaisir de découvrir par lui-même toutes les subtilités qui peuplent ce spectacle qui est une belle leçon de théâtre non conventionnel. N’oublions pas cependant de saluer l’interprétation étincelante de Maria Machado (metteur en scène et comédienne) qui donne au dernier texte une dimension bouleversante.

Métastases et métamorphoses, de Roland Dubillard. Mise en scène : Werner Schroeter et Maria Machado. Scénographie : Philippe Tourriol. Lumières : Bruno Monnez. Avec Conrad Cécil, Maria Machado, Julien Maurel, Maya Mercer, Augustin Ruhabura. Vingtième-Théâtre, 7 rue des Platrières. Paris 20e. Jusqu’au 30 Octobre 2005. Du mercredi au samedi à 19 h, le dimanche à 15 h. Matinée exceptionnelle samedi 29 octobre à 15 h. Tel : 01 43 66 01 13.

Photo : BM Palazon

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