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Critiques / Autres Scènes

Merci pour elles

par Jacky Viallon

Tension et poésie

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Par quelle magie le théâtre d’animation développe-t-il plus de champs conceptuels ? Pourquoi, dans le théâtre de marionnettes, un détail scénographique prend-t-il des proportions gigantesques ? Autant de questions que l’on se pose en voyant les jeux plastiques et scéniques du Théâtre du Fust. Jean Pierre Lescot, animateur de la Biennale de la marionnette du Val de Marne disait : « ce qui est intéressant dans la marionnette c’est qu’elle est obscène, au sens noble du terme ». Et c’est effectivement ce qui fait sa force : son obscénité, le fait qu’elle s’impose ignominieusement au milieu du plateau. Aussi minuscule soit-elle à l’échelle humaine, elle mobilise le plateau au détriment du comédien. Dans le travail d’Emilie Valantin et de Jean Sclavis, on retient notamment cette appréhension du silence. Leur spectacle Merci pour elles contient des instants suspendus dont le silence vaut bien un texte énoncé. Cela crée une vraie tension dans l’image, due à une remarquable manipulation sachant contrôler et délimiter l’espace. Ainsi les éléments d’animation prennent une densité provocante et inattendue.
Il apparaît ainsi, à partir d’un argument banal, une sorte de dramatisation du texte et parfois, selon certaines manipulations, une intention contradictoire qui vient syncoper étrangement l’image et la détourne. On découvre alors toute la mobilité de l’expression du théâtre d’animation, son impact et sa poésie.

La marionnette distancie le propos

Merci pour elles contient toutes ces subtilités. Nous sommes entraînés de petites scènes en petites scènes par des images dénonciatrices qui suggèrent certaines attitudes féminines. Ce spectacle touche le problème délicat et souvent trop démagogique de la libération de la femme. Heureusement, les créateurs échappent à la complaisance et comme le souligne le metteur en scène Emilie Valantin : « ce n’est pas un règlement de compte, mais plutôt une sonnette d’alarme déclenchée par « Quel dommage ! ». Ici la démonstration s’éloigne de toute moralisation, la marionnette distancie le propos et rend peut-être l’homme plus lucide devant son ridicule.

Merci pour elles, par le Théâtre du Fust. Théâtre de l’Aquarium (Paris), jusqu’au 16 octobre.

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