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Critiques / Opéra & Classique

Marc Albrecht dirige l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg

par Caroline Alexander

A la conquête d’un public en voie de renouvellement

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L’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, l’OPS – Orchestre National, a 152 ans d’âge, une aura internationale et les yeux fixés sur l’avenir.

Marc Albrecht, chef allemand de 43 ans qui a fait une partie de ses classes aux côtés de Claudio Abbado, en est depuis un an le directeur musical, succédant à quelques prestigieuses pointures comme celles de Hans Rosbaud, d’Alain Lombard, de Theodor Guschlbauer. Sous son impulsion les 110 musiciens de la phalange alsacienne – moyenne d’âge 37 ans ! – époussètent le répertoire traditionnel en lui injectant de larges doses de ces musiques qui ont fait bouger le 20ème siècle, telles celles de Alban Berg, Olivier Messiaen, Henri Dutilleux ou Leos Janacek. « Leur écoute demande parfois plus d’ouverture que celle de jeunes compositeurs d’aujourd’hui » constate-t-il « Pour beaucoup Berg, ce classique du 20ème siècle, reste à apprivoiser. J’en privilégie l’écoute dès que je le peux »

Jeunes mélomanes et novices mêlés aux têtes grisonnantes

Si l’opéra a depuis les 15 dernières années considérablement rajeuni son public, celui des concerts reste, selon Albrecht, encore singulièrement conservateur. D’où la nécessité d’une astucieuse alchimie de programmes où les grands noms d’avant hier côtoient ceux d’hier et d’aujourd’hui. En témoigne le concert joué deux fois, les 7 et 8 décembre dernier, devant deux fois deux mille spectateurs – soit la quasi totalité de la jauge du Palais de la Musique et des Congrès -. Jeunes mélomanes et novices s’y mêlaient aux têtes grisonnantes. Les conditions exceptionnelles d’accès au spectacle vivant, faites aux moins de 26 ans, quels qu’ils soient, génèrent en effet un afflux dynamisant. Grâce à une carte dite « Atout Voir », le prix des places est ramené à 5,5 €. Une initiative de la mairie lancée dans les années 90, relayée depuis les collectivités locales de la région et du département.

Radu Lupu appât vedette

Au menu, Mozart, Bartok, Debussy et Janacek, avec pour chacun d’eux, une petite pointe de curiosité, les morceaux choisis ne faisant pas partie des plus fréquemment joués. La présence du célèbre pianiste roumain Radu Lupu assurait l’appât vedette du concert.
La Symphonie n°31 en ré majeur Parisienne est l’œuvre d’un Mozart de 22 ans aux prises d’une ville qui ne lui témoignait plus l’adoration prodiguée quand il s’y produisant enfant. Elle fut enlevée en tempi[s] rapides. Tout le contraire du Troisième concerto pour piano de Bartok, son œuvre ultime, composée tout juste avant sa mort en 1945 en cadeau d’adieu à son épouse pianiste. Œuvre sombre aux longs thèmes de déchirante mélancolie à laquelle, Radu Lupu apportait une concentration presque mystique. En réponse à l’ovation du public, il offrit en bis et en légèreté aérienne La Puerta del Vino, un prélude du deuxième livre de Debussy.
Ce Debussy qui poursuivait le programme sur le même thème des pièces que l’on a moins souvent l’occasion d’entendre. Son triptyque intitulé Nocturnes est de fait rarement joué dans sa totalité, avec ses Sirènes qui exigent la présence d’un chœur de femmes et dont celui de l’OPS fit voler haut les chants aux effluves marines.

Le grand vent libérateur de Janacek

Le moment culminant de cette soirée si habilement dosée fut sans aucun doute celui de la fin, de cette Sinfonietta patriotique où Janacek célèbre l’indépendance tant attendue de sa terre natale ; la toute jeune république tchécoslovaque à laquelle il rend hommage en fanfares militaires et en coups de chapeau amoureux à son histoire, à sa nature, à ses mélodies de terroir. Marc Albrecht, élégant, habité, danse carrément sur cette musique et fait souffler un grand vent libérateur, enflammant les cuivres, laissant planer les rêveries des cordes. Succès assuré auprès des générations montantes qui trouvent chez l’immense compositeur tchèque des échos de révolte et de passion correspondant à leur temps.

Le 11 janvier prochain l’OPS sera dans la fosse de l’Opéra National du Rhin, sous la direction de Daniel Klajner, pour la reprise de sa superbe production de Elektra de Strauss dans la mise en scène de Stéphane Braunschweig, avec Janice Baird dans le rôle titre. Le 25 janvier, Marc Albrecht prendra la baguette de l’Orchestre National de Lyon autour d’un programme réunissant Messiaen (Le Tombeau Resplendissant) Bartok (Le Mandarin Merveilleux) et ce Mahler tant aimé qui constitue une sorte de fil rouge de sa carrière (Lieder aus des Knaben Wunderhorn).

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