Nanterre, Théâtre Nanterre- jusqu’au 22 janvier 2012
Maison de poupée d’Henrik Ibsen
Une histoire d’aujourd’hui

Parmi les divers metteurs en scène qui n’ont pas craint de monter tous ensemble Maison de poupée, Jean-Louis Martinelli est l’un de ceux qui ont poussé la pièce d’Ibsen le plus hardiment vers les temps modernes. Il ne l’a pas poussée, en fait ; il l’a naturellement placée au temps de maintenant, avec un grand naturel, comme si les mœurs n’avaient guère changé. Même assez mental, avec la porte austère qui représente le monde et le pouvoir du mari et un arrière-plan donnant à voir l’extérieur – donc la liberté -, le décor de Taschet est un grand salon de bourgeois d’aujourd’hui. Dans la première scène, Nora arrive avec beaucoup de paquets et parle tout en découpant du papier brillant et en faisant elle-même les cadeaux de Noël. Tout le contexte et tous les détails ont basculé au XXIe siècle. Pourtant, c’est une mise en scène tout à fait classique, un peu sage même, puisqu’elle se refuse à jouer avec des éléments modernes trop voyants et se consacre à suivre au plus juste l’évolution conflictuelle des personnages.
La soirée est, ainsi, parfaite, bien qu’un peu plus d’audace ou de surprise n’eût pas nui à un déroulement au tempo mesuré. On a d’ailleurs vu Alain Fromager, qui incarne le mari, et Laurent Grévill, qui joue le méchant maître-chanteur, plus incisifs ailleurs, mais ils sont, comme Camille Jaby et Martine Vandeville, à l’unisson de ce tableau méticuleux de la grande bourgeoisie, des classes moyennes et de la domesticité. Le miracle du spectacle, c’est avant tout Marina Foïs qui, venue des Robinson et des mises en scène cogneuses de Martial di Fonzo Bo, nous avait habitués - tout au moins au théâtre - à une drôlerie d’un grand culot. Face à ce rôle de femme découvrant la révolte, elle dévoile un art d’une extrême sensibilité, s’attache aux plus infimes variations du personnage, parcourt secrètement le chemin de l’enfance à l’âge adulte, ne laisse jamais deviner là où elle va et bouleverse sans avoir besoin de l’éclat ou du pathétique. Elle est l’une des plus mémorables Nora que l’on ait vues.
Une maison de poupée d’Ibsen, traduction de Jean-Louis Martinelli, Grégoire Œstermann, Amélie Wendling, avec la participation de Camilla Bouchet, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, scénographie de Gilles Taschet, lumière de Jean-Marc Skatchko, son de Jean-Damien Ratel, costumes de Karine Vintache, avec Marina Foïs, Alain Fromager, Laurent Grévill, Camille Japy, Grégoire Œstermann, Martine Vandeville, Mohamed Chaouih. Nanterre-Amandiers, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30. tél. : 01 46 14 70 00, jusqu’au 17 avril (2 h 20).
Photo : Pascal Victor



