Macbeth de William Shakespeare

Le mal et la nuit, main dans la main

Macbeth de William Shakespeare

La compagnie Chatôt-Vouyoucas boucle cette année sa longue aventure à la tête d’un des grands théâtres de Marseille, le Gyptis. C’est une compagnie à deux têtes : Andonis Vouyoucas est un metteur en scène peut-être plus politique, Françoise Chatôt une actrice et metteur en scène peut-être plus philosophique. Mais ces étiquettes simplifient la nature de deux personnalités qui auront beaucoup apporté à l’art et au public, pendant vingt-cinq ans, dans ce lieu du quartier de la Belle de Mai. C’est par une mise en scène de Françoise Chatôt que l’aventure se conclut : Macbeth de Shakespeare.

Un Macbeth très dépouillé, à rebours de ce qu’on voit d’habitude, comme placé dans une grande boîte noire, éclairée par une colonne donnant de la lumière depuis la hauteur, s‘ouvrant parfois grâce à des images vidéo, abstraites ou évoquant inlassablement la forêt. Cette forêt sombre et cassée qui viendra à bout de Macbeth, en marchant sur lui.
Aucun lieu n’est défini. Il n’y a qu’obscurité et déplacements de personnages, en solitaires, en couples, en groupes, dans l’espace noir. Le sang ne gicle pas et les explosions des êtres sous le coup de la fureur ou de la douleur sont rares, exceptionnelles, ce qui leur donne une force rare. Ainsi Lady Macbeth, jouée avec une belle sensibilité par Agnès Audiffren, n’a-t-elle qu’une scène de déchirement et de cris, mais on s’en souviendra ! Auparavant, elle aura été une femme élégante et secrète, maîtrisée, dominant ses pulsions, poursuivant sans heurts ses menées ambitieuses et cupides. Plus encore, Macbeth, incarné par Philippe Séjourné, est, là, un usurpateur replié sur lui-même, se parlant plus qu’il ne parle à autrui. De noir vêtu ou en vareuse blanche, il est comme contraint, mal à l’aise dans un pouvoir dont la possession lui est finalement désagréable. Cette composition de Séjourné et cette vision de Chatôt sont très intéressantes, parce que peu banales. Anti-héros par excellence, Macbeth n’est jamais tout à fait en accord avec lui-même, même dans ses éclats. Plus écrasé qu’écrasant !

Le parti pris d’austérité ne fige en rien le mouvement de la soirée, qui va vite vers sa conclusion. Le beau texte français de Jean-Michel Déprats a été quelque peu allégé. Les acteurs, dont les scènes de confidences et de combats se déroulent dans une obscurité complice, ont le jeu vif et clair : Jacques Germain, Nader Soufi, Martin Kamoun. Les sorcières, interprétées avec grâce par Aude Candela, Maïa Jarville et Élodie Varlet, ne sont plus les monstres qu’on voit généralement, mais des beautés dansant dans l’allégresse. Quant aux moments de drôlerie, ils ne sont pas effacés mais saisis avec une truculence légère par des acteurs comme Michel Grisoni.
Ainsi le mal et la nuit vont-ils progressant, main dans la main, dans la belle mise en scène de Françoise Chatôt.

Macbeth de Shakespeare, traduction de Jean-Michel Desprats, mise en scène de Françoise Chatôt, scénographie de Claude Lemaire, lumières de Roberto Venturi, costumes de Katia Duflot, musique d’Alain Aubin, chorégraphie de Josette Baïs, vidéo d’Emmanuel Broto et Karel Pairemaure (Kamatomi Films), avec Agnès Audiffren, Didier Bourguignon, Auda Candela, Jacques Germain, Michel Grisoni, Maïa Jarville, Martin Kamoun, Rémi Pedevilla, Charles-Eric Petit, Philippe Séjourné, Nadar Soufi, Elodie Varlet.

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter...

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook