Accueil > MIREILLE de Charles Gounod

Critiques / Opéra & Classique

MIREILLE de Charles Gounod

par Caroline Alexander

Sous le soleil du pays natal

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Mireille née au soleil de Provence en 1864 sur une musique de Charles Gounod d’après un poème de Frédéric Mistral, longtemps oubliée, si souvent boudée, revient dans l’air du temps, allez savoir pourquoi. Il en est ainsi parfois de certaines œuvres au goût de terroir qu’un vent de nostalgie remet au goût du jour.

Il y a quelques semaines à peine Mireille retrouvait le goût des tréteaux à l’Opéra de Tour revue par Jean-Yves Ossonce et Alain Garichot, puis, en attendant que Nicolas Joël la mette en scène au Palais Garnier en septembre prochain à l’inauguration de son mandat de nouveau directeur de l’Opéra National de Paris, Marseille la fait revivre en son pays natal dans la mouture devenue quasi classique de Robert Fortune.

Elle eut un destin bien chahuté cette fière fille de Provence dont Gounod s’éprit en découvrant Miréio cette suite de douze chants de pur jus provençal imaginés par un poète de 21 ans au nom de vent. Gounod tomba sous le charme de la belle rebelle qui brave son riche papa par amour pour un pauvre vannier et qui en meurt. Mistral lui fit visiter les trésors de Provence et de Camargue. Gounod en tira le suc de sa musique. Mise en livret d’opéra et en français rimé par Michel Carré, accueillie plus que tièdement à sa création, elle subit toutes sortes de remaniements passant de cinq à trois actes puis à nouveaux à cinq actes, avec et sans happy end, jusqu’à ce que Reynaldo Hahn en restitue la partition originale en… 1939 !

Une musique qui a du soleil dans l’âme

Mais on la joue peu, on l’entend peu, même au pays où elle a vu le jour. Pourtant dès les premières mesures elle nous transporte en terrain familier, dans ce sud que chauffe une musique qui a du soleil dans l’âme et qui invite Mozart à un banquet servi par des cigales.

Ni la mise en scène – honnête et appliquée – de Robert Fortune, ni les décors – évocateurs et sans surprise – de Dominique Pichou, ni les costumes – joliment couleur locale – de Rosalie Varda ne cherchent à la sortir de son berceau d’origine. Tout est conforme aux pastels du ciel, aux farandoles paysannes, aux nuits éclaboussées d’étoiles, l’Enfer est rouge, la mort en ombre chinoise noire brandit sa faux et la mer démontée qui engloutit l’amoureux rival, se soulève en vagues de soie : c’est du théâtre à l’ancienne qui se passe des astuces technologiques et de la vidéo, c’est une imagerie d’Epinal qui, à défaut de brandir un point de vue original, ne charrie aucun contre sens. Ici on raconte l’histoire telle qu’elle a été écrite et rêvée, celle de Mireille fille de Ramon le bourgeois qui aime Vincent fils d’Ambroise l’artisan vannier. Un bouvier jaloux, une sorcière bienveillante, une grotte et le désert de Crau à traverser pour rejoindre l’être aimé sous un soleil ne connaissant aucune pitié.

Des enfants fou d’amour, des interprètes qui leur ressemblent

L’orchestre de l’Opéra de Marseille dirigé par Cyril Diederich peine à trouver son envol et se contente d’exécuter correctement une partition dont le lyrisme, les couleurs, les contrastes exigeraient des ailes. Les chœurs n’ont pas toujours la justesse et la fougue. Leur banalité paradoxalement met en relief les voix d’une distribution de belle qualité, des seconds aux premiers rôles : le berger sensible du jeune ténor bordelais Julien Dran, le pater familias autoritaire de l’inoxydable Alain Vernhes, présence et bronze vocal intacts, Ourrias, le bouvier par le baryton Lionel Lhote, Taven la bonne sorcière impeccablement jouée et chantée par l’excellente mezzo Marie-Ange Todorovitch et surtout le couple pivot du drame, ces enfants fous d’amour qui ont trouvé des interprètes qui leur ressemblent, Vincent le vannier en Sébastien Guèze, tout jeune, tout beau, timbre clair, projection et diction sans reproches et, pour le redoutable rôle titre, la jeune et ravissante coréenne Hye Myung Kang au français maîtrisé, au jeu tout feu tout flamme et à la voix fruitée, de bout en bout vaillante, des graves désespérés aux aigus célestes.

Mireille de Charles Gounod, livret de Michel Carré d’après le poème Miréio de Frédéric Mistral. Orchestre et choeur de l’Opéra de Marseille, direction Cyril Diederich, chef de chœur Pierre Iodice, mise en scène Robert Fortune, décors Dominique Pichou, costumes Rosalie Varda, lumières Philippe Grosperrin, chorégraphie Josyane Ottaviano. Avec Hye Myung Kang, Sébastien Guèze, Marie-Ange Todorovitch, Alain Vernhes, Lionel Lhote, Jean-Marie Frémeau, Julien Dran, Eduarda Melo, Joanna Malewski, Sophie Desmars, Bernard Imbert, Gérard Grégori.

Opéra de Marseille, les 20, 22, 27, 29 mai à 20h, le 24 à 14h30

04 91 55 11 10

Crédit photo : Christian Dresse

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.