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Critiques / Théâtre

Lysistrata

par Jacky Viallon

La grève du sexe

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Le Zéfiro Théâtre amuse agréablement le plateau du Théâtre 13 en montant Lysistrata d’Aristophane. Quand on sait que Lysistrata signifie en grec « celle qui dissout les armées » le ton de la polémique est lancé ! On ne peut s’empêcher de penser au joyeux et naïf slogan de 1968 « faites l’amour mais pas la guerre ». L’adaptation d’Isabel Garma-Berman porte un sous-titre d’un concept contemporain moins mythique et plus pragmatique : La grève du sexe. Là aussi, d’emblée, le ton est donné et la démonstration va aller bon train.
Allons-y crûment, puisque la pièce respecte le caractère iconoclaste, poétique et sympathiquement grossier de l’écriture d’Aristophane. Dans ce spectacle, les hommes prennent une belle « tripotée ». L‘action se passe en Grèce antique, en pleine guerre du Péloponnèse. Une femme nommée Lysistrata lance l’idée d’une grève amoureuse tant que les hommes n’auront pas cessé la guerre.

Le pouvoir irréductible et irrésistible des femmes

Le metteur en scène Rafael Bianciotto, tel Aristophane, n’a pas peur de ridiculiser sa propre espèce. Il avoue que l’homme est faible face au pouvoir irréductible et irrésistible de la femme et que sa surabondance « glandulaire » en fait un animal domesticable et servile. Dans sa mise en scène, Rafael Bianciotto laisse allègrement les femmes prendre leur revanche et expose intelligemment la démonstration avec tout l’attirail humoristique qu’il peut trouver dans les joyeux artifices du théâtre. Il faut dire que sur le plan esthétique, la notion humoristique est servie et démultipliée par l’utilisation des masques et marionnettes portées. Les caricatures sont efficaces, les manipulations, soigneusement étudiées, sont présentes et précises quand il s’agit de se substituer ou de compléter le texte. Il est vrai que, par toutes ces transpositions esthétiques, l’absurdité, la poésie et la grossièreté se trouvent surlignées et excusent quelques excès de langage. Parfois émane de la maladresse volontaire des personnages une sorte de pathétique qui redonne toute crédibilité à l’ensemble. Les êtres sont perdus et se raccrochent au radeau de l’humour. Il faut dire que cette fable touche particulièrement le metteur en scène argentin Rafael Bianciotto puisque sa petite enfance a été marquée par les violences de la dictature militaire en place à l’époque. C’est certainement encore pour lui une manière de lutter, avec pour arme l’humour. Le message passe, on en sort heureux et... habité.

Lysistrata ( La grève du sexe ), d’Aristophane, texte français d’Isabel Garma Berman, mise en scène : Rafael Bianciotto. Avec Ombline de Benque, Nicolas Biaud-Mauduit ou Sylvain Juret, Frédérique Charpentier, Laetitia Hipp, Harld Leander et Valérie Pangallo. Masques : Etienne Champion. Marionnettes : Omblime de Benque. Théâtre 13 (Paris). Tel : 01 45 88 62 22. Jusqu’au 16 Octobre 2005.

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