Accueil > Lire le Théâtre

Billets d’humeur / Jacky Viallon

Lire le Théâtre

par Jacky Viallon

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Si il y avait un prix « Emile Lansman » à remettre à l’éditeur le plus actif et le plus présent sur le marché du livre de théâtre il faudrait le remettre à Emile Lansman, par, certes, « Emile Lansman ", éditeur de son état, selon la tournure de jadis. Emile Lansman, homme au don d’ubiquité : on le retrouve à la tête ou à l’initiative de différentes manifestations et remue-méninge culturels. Exemple : acteur principal de « Promotion théatre », globe-trotter théâtral, changeant d’avion comme on saute sur un vélo pour prêcher la bonne parole de Québec à Bruxelles, d’escale à Paris pour y prendre son élan afin d’atterrir sans montre ni chapeau dans les ersatz de bibliothèques orales et végétales de quelques pays d’Afrique. Mais dans tout cet affairement justifié et nécessaire Emile prend et prendra, je pense, toujours le temps de vous écouter et de vous lire et jamais il ne vous coupera la parole pour
honorer son téléphone portable. Et comme il lui reste, bien sûr, pas mal de temps après cette vie d’agent double, Emile comble son agenda de quelques organisations de différents concours d’écriture théâtrale notamment celui du prix Annick Lansman qui fut une discrète compagne et aussi dévouée et très efficace collaboratrice qui l’ a aidé à
porter à bout de bras cette maison d’éditions devenue l’une des plus actives et des plus sérieuses d’Europe et d’ailleurs...Vous avez dit d’ailleurs ? D’ailleurs !
Toutes ces raisons et arguments pour vous inciter à découvrir quelques-uns des derniers ouvrages édités. Commençons
par la collection « théâtre à vif » qui s‘adresse au jeune public et aux adolescents.
Voici l’un d’eux « Les ours dorment enfin » de Geneviève Billette de Québec, pièce courte pour les moins de 13 ans qui obtenu justement le prix « Annick Lansman » pour 2010.
Beau pari que de vouloir persister à imposer de la poésie à travers notre rustre univers quotidien. Cet ouvrage semble vouloir pointer son nez en résistance prudente face à la vie bien trop matérialiste qui nous tend ses pièges en nous éliminant dans la trappe du rentable.
Ici, dans ce livre l’Homme se responsabilise et l’on s’adresse aux jeunes lecteurs en sollicitant leurs avis…Tout ceci, porté par une forme qui glisse aisément et qui nous parle. On laisse au lecteur le plaisir de découvrir le scénario. Il est simple, on pourrait dire tendance nature, même dire un scénario écolo…bio…Non ! Non ! On ne glisse pas sur la pente : Bio, Bobo et Nono. Non ! Le poétique fait tout simplement toile de fond à travers cette lecture. Pour les jeunes lecteurs cet ouvrage pourrait fonctionner comme une pièce de formation. Histoire saine :
Histoire d’animaux sans animaux, des ours, oui, mais on en parle sans les voir ? Doit-on alors les imaginer ? Ce qui entretient le mythe du lointain et du polaire, bien que l’action se passe temporairement dans un zoo, Sacha le gardien court après les blocs de glace pour sauver les ours qui attendent l’hiver qui se fait tirer l’oreille pour arriver. Mais derrière cette anecdote, pour laisser au récit sa densité nécessaire de réalisme, une trame traite notamment de l’amitié, de l’abandon, disons qu’en finalité elle soulève toutes les problématiques et les questionnements sur la prise de conscience de l’acceptation du grand deuil…
Il y a peu de personnages, pas de décor, ce texte court peut être une excellente passerelle entre le monde poétique et celui de la réalité.
Un autre ouvrage dans une collection différente des éditions Lansman « Inédithéâtre » qui est la concrétisation du « prix lycéens de pièces inédites ». La piéce s’intitule « Les Yeux d’Anna » de Luc Tartar. Si l’on ne veut pas rester sur le registre réaliste Il appartiendra alors au metteur en scène d’ y intégrer sa patte poétique. Mais il faut dire que cette tranche d’âge de lecteurs ne supporte guère ces écarts de styles, de métaphores, de glissements de sens qui ne font pas bon ménage. La pièce propose près de dix rôles assez bien équilibrés pour une classe ou un atelier théâtre. Elle convoque aussi deux chœurs qui encouragent la participation d’élèves plus réservés.
Luc Tartare a la pertinence et l’efficacité pour inscrire dans sa pièce des sujets épineux, délicats et gratte-poils, tels que l’obscurantisme, la haine raciale. Par la même, tout le paquet cadeau empoisonné du sacro-saint sujet à marcher sur les œufs qui touche la notion de « différence » dans un magasin d’éléphant qui vendrait de la porcelaine.
L’auteur a su, malgré un cadre stylistique tentant, échapper à la vulgarité d’un langage qui se veut souvent complaisant et faussement populaire. Rendu, certainement efficace.
A vous de découvrir. Donc :

« Les ours dorment enfin » de Geneviève Billette édit. Lansman, Juin 2010 Prix : 9 €
« Les yeux d’Anna » de Luc Tartar, édit. Lansman.Mai 2010 Prix : 9€

La semaine prochaine nous écrirons sur deux autres ouvrages de la collection "Théâtre à vif".

Renseignements concernant ces deux ouvrages et les parutions aux éditions Lansman : info lansman.org - www.lansman.org

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.