Accueil > Les poissons ne meurent pas d’apnée de Emmanuel Robert-Espalieu

Critiques / Comédie & Humour

Les poissons ne meurent pas d’apnée de Emmanuel Robert-Espalieu

par Marie-Laure Atinault

Parabole aquatique


Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Nous allons à la piscine pour nager ! Logique, non ! C’est du moins ce que pensait naïvement cet homme que nous appellerons Bonnet Bleu. Monsieur Bonnet Bleu est venu seul à la piscine, alors qu’il s’apprête à plonger il est intercepté par un grand échalas, casaque et toque rouge, pardon maillot de bain et bonnet rouge. Monsieur Bonnet Rouge représente un genre d’humain qui s’apparente aux tue mouches, aux emmerdeurs sirupeux, aux serviables désœuvrés qui avec un grand sourire vous enquiquine !

Bonnet Rouge est redoutable, ce requin d’eau douce a des principes auxquels personne ne peut déroger. Mais tout est bizarre dans cette piscine, ainsi ce nageur qui nage depuis neuf jours, ou celui qui est mort d’épuisement ! Mais personne ne s’en étonne. Bonnet Bleu en fait des cauchemars qui le submergent. Bonnet Rouge sous son sourire onctueux et son phrasé plein de prévenance est un tyran en maillot de bain : « Si on veut nager ici le port du bonnet est obligatoire ! » . Il va s’en dire que le seul bonnet accrédité, agrée, homologué est le bonnet rouge.
Sa conception de la piscine javellisée est un véritable miroir mouvant de notre société. Une société où nos politiques veulent tout réglementer. Pour notre bien, le libre arbitre est battu en brèche : ne plus fumer, ne plus boire la tasse, et selon votre âge nager avec des bouées. Attention dans le grand bassin, vous n’avez plus pieds !

Bonnet Rouge or not Bonnet Rouge ?

La pièce de Emmanuel Robert-Espalieu vogue dans des eaux peu fréquentées par les auteurs français. Le ton est burlesque, fantastique, décalé, absurde. Les nageurs sont des enfants de Woody Allen qui crawle avec Dubillard, tandis que les Monty Python font de la nage synchronisée avec Buñuel. Les travaux sur l’origine de l’homme disent que la vie vient de l’eau. Visiblement le talent aussi. La pièce est un petit bijou d’humour qui laisse le spectateur libre de choisir son bassin, soit il va s’ébattre dans le petit bassin et, il voit une fable aquatique sur les empêcheurs de nager en rond, soit il va dans le grand bassin où l’on peut perdre pied. Et c’est délicieux !

Les spectateurs sont dans le bain

Le premier défi de ce spectacle est de mettre les spectateurs dans le bain de cette guerre des bonnets, plus cruelle qu’une guerre de religion ! Christophe Lidon nous avait caché jusqu’à présent son côté neptunien. Il a mis ses comédiens en danger, jouer en slip de bain n’est pas facile. L’habit fait le moine, et le maillot le nageur. Mais jouer sans pouvoir mettre ses mains dans les poches, sans tirer sur son pantalon en s’asseyant, sans pouvoir se cacher derrière son costume et par là même, composer son personnage est un exercice difficile, un plongeon dans le triangle des Bermudes. Christophe Lidon signe une brillante mise en scène, il sait entourer son talent. Les décors de Sophie Jacob, astucieux et plein de gags (soyez attentifs aux silhouettes) et les lumières de Michel Winogradoff qui alternent entre la crudité de la lueur de la piscine et les reflets oniriques nous plongent dans cet univers impitoyable. Tom Novembre alias Bonnet Rouge est redoutable en psycho rigide du bonnet et Roland Marchisio en victime Bonnet Bleu est terriblement attendrissant. Les spectateurs, et les spectatrices sont prêts à lui jeter une bouée de sauvetage.

Les poissons ne meurent pas d’apnée de Emmanuel Robert-Espalieu, mise en scène de Christophe Lidon, avec Tom Novembre et Roland Marchisio
Théâtre Marigny Salle Popesco Tel : 01 53 96 70 20

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.