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Critiques / Théâtre

Les fourberies de Scapin de Molière

par Marie-Laure Atinault

Mais qui manipule Scapin ?

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Scapin est un grand filou coquin, un fourbe, un rôle superbe dans lequel excellait Jean-Baptiste Poquelin dit Molière. Si l’auteur était parfois contesté, ses contemporains louaient la bête de scène qu’il était. Le rôle est du cousu main pour les comédiens avec des scènes d’anthologies. Jean Sclavis est manipulateur, c’est lui qui donne vie et voix aux marionnettes, Emilie Valantin est marionnettiste c’est à dire qu’elle a créé les marionnettes. Justement, à chaque création, le Théâtre du Fust invente de nouvelles marionnettes, explorant des univers et des formes théâtrales atypiques. A chaque création son esthétisme.
Le projet est celui de Jean Sclavis qui, au conservatoire de Lyon, s’était frotté aux rôles du répertoire classique. Son emploi : les valets de comédie. Il apprit très vite à faire des reprises de rôles et est devenu le comédien tout terrain des fourberies. Depuis quinze ans, il a rejoint le Théâtre du Fust et il reste en lui un peu de ce Scapin, valet manipulateur, voyou, un vrai mauvais garçon qui est né sur le quai de Naples. Attention nous ne sous-entendons pas que Jean Sclavis est un mauvais garçon, il est charmant et talentueux !

Scapin : le maître des marionnettes

L’idée de départ est de prendre au pied de la lettre l’idée d’un Scapin qui manipule tout son monde. Jean Sclavis est un excellent Scapin, fourbe, virevoltant et un manipulateur aérien. Il réalise une véritable performance. Les marionnettes mesurent environ un mètre vingt, elles sont dotées d’une poignée dans le dos et de membres articulées ; grâce à un astucieux système de poulie, Jean Sclavis peut jouer sa partie et leur donner mille expressions. Elles nous apparaissent « humaines », nous le jurons, nous avons vu les lèvres bouger !

Notre Scapin joue avec ses partenaires, il leur prête sa voix (certaines avec un accent lyonnais) et, en bon manipulateur, il leur donne le bras en galant homme pour les aider à passer le pas entre l’immobilité et le geste. La grande trouvaille est le personnage de Hyacinthe. « Les fourberies de Scapin » sont de 1671, l’année des Amants Magnifiques et de Psyché. Molière a collaboré avec Lully, et nous savons que cela fut houleux. Dans les œuvres, nous retrouvons le Maître de musique. Dans Le bourgeois gentilhomme et dans Le malade imaginaire, la musique plait à la jeunesse et la belle Hyacinthe, pour s’exprimer, tombe dans les excès du temps. Elle prend des airs et des textes à la mode et en fait un pasticcio. La marionnette de Hyacinthe prend les attitudes et les gestes extrêmement codés du baroque ; Hyacinthe a-t-elle vu Atys ? C’est un point d’histoire que Jean Sclavis et Vincent de Meester, ce dernier ayant fait les arrangements musicaux, nous dévoileront peut-être !

Intelligence, drôlerie et artisanat au service d’un grand classique souvent galvaudé, voire méconnu, cela pourrait servir de slogan à l’un des spectacles les plus réjouissant, les plus « enthousiasmant », les plus fédérateur que vous puissiez voir actuellement. Jean Sclavis a réduit la durée de la pièce à 1H 20, qui passe comme un zéphyr de plaisir et d’intelligence, car tout y est. L’ambiance, le texte, les personnages hauts en couleur, la fameuse scène du sac est drôle et pathétique tout à la fois. Du grand, du très grand théâtre avec un Scapin manipulateur des êtres et du plaisir.

Les fourberies de Scapin de Molière par le Théâtre du Fust
Mise en marionnettes Emilie Valantin, adaptation et interprétation Jean Sclavis - Théâtre de l’Aquarium 01 43 74 99 61 jusqu’au 13 Avril

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