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Les Tragédies de Shakespeare

par Jacky Viallon

un coffret de six DVD par Les Editions Montparnasse

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Les Éditions Montparnasse nous présentent pour notre plus grand plaisir un très beau coffret contenant six tragédies de Shakespeare en langue originale mais toutefois agréablement sous-titrées en français et en anglais. Soulignons ce détail : Sans vouloir comparer avec d’autres productions concurrentes les sous-titrages restent souvent Illisibles.
Et puisque nous débutons cette présentation par l’aspect technique, on ne peut que louer le travail de cette étonnante mixité entre le théâtre et le cinéma. Nous connaissons bien déjà la qualité du travail de la BBC, chaîne de télévision culturelle chez nos collègues anglo-saxons.
Ce travail peu commun est efficace et subtil. En effet, une facture très particulière accompagne la reproduction filmée de ces pièces de théâtre. Les « réalisateurs » fusionnent avec une grande dextérité les moyens du cinéma accompagnés de la mobilité ultra docile de la caméra avec l’intimité pathétique et émotionnelle livrée en toute vérité par le jeu théâtral.
Il se manifeste alors devant nos yeux toute une alchimie qui se développe de façon magique. A leur toute première intervention les personnages apparaissent en sortant de la brume, des ombres ou de quelques fumées aux contours énigmatiques pour venir se glisser dans une scénographie dynamique et accidentée de cours intérieures aux arcades tendues en direction de porches, portes et trappillons qui nous dévoilent d’autres espaces et mers imaginaires.

Ce procédé fluidifiant les entrées et sorties des comédiens et de plus très habile car, au cas où les créateurs seraient tentés de faire allusion ou d’adhérer aux contraintes de l’époque du théâtre élisabéthain, nous pensons bien sûr à la règle des trois unités, et notamment, à l’unité de lieu : Ils seraient sans aucun doute largement cautionnés.
Les réalisateurs manipulent à merveille le suggestif et l’ellipse sans redondance entre texte et jeu dramatique. Grâce au cinéma « l’hyper-réalisme » est bien là pour nous asseoir très concrètement " l’Histoire". Mais il est aussi équilibré par la convention théâtrale vivante. Ce binôme n’est pas sans nous rappeler celui qui persiste également dans l’écriture de Shakespeare : l’argument social ou sentimental,traité au réel et la langue dans ses divers artifices de l’ordre et du désordre poétique.
Nous sommes, ainsi, en plein dans le genre spécifique du théâtre « cinématographié » et non pas du théâtre « filmé » puisque l’œil de la caméra a une partie active sur le regard porté sur les décors de studio qui empiètent sur le décor du plateau théâtral, fixe et moins interprétable. Quelque part nous ne sommes pas loin de l’esthétique d’Éric Rohmer, mis à part qu’il nous dévoile volontairement toutes les ficelles .
Par contre, ce travail sur Shakespeare nous plonge complètement dans l’action, nous devenons vite partie prenante pour certains personnages et participons aux tensions et aux sentiments qui les déchirent. On contribue ainsi à « l’épique shakespearienne » qui met en scène les combats et conflits permanents imposés par les subtiles dramaturgies d’un de nos plus grands auteurs et poètes de tous les temps.
Le texte capté en langue originale permet d’entendre la musicalité de cette belle langue poétique de Shakespeare et d’avoir une compréhension directe par le sous-titrage en français tout en préservant toute la musicalité de la langue si bien étudiée chez Shakespeare.
Si l’on veut s’attarder sur cet aspect, on ne saurait trop vous conseiller de vous plonger dans les notes de Jean-Pierre Richard qui a participé à l’édition bilingue des deux tomes sur les tragédies de Shakespeare dans la collection « La Pléiade » aux Editions Gallimard.
Ce qui remarquable dans ce travail, c’est que nous sommes directement plongés dans l’action, guidés à travers la mobilité des images, nous participons aux drames et imbroglio. Pratiquement inscrits dans la scénographie , nous devenons témoins des actes, et, quasiment cernés par la double implication cinéma/théâtre nous sommes invités à percevoir l’oeuvre au plus profond de son trouble.
Nous ne parlerons pas non plus du travail sonore qui est d’excellente qualité, tant sur le plan technique, que sur le plan de son efficacité suggestive.
On doit la réalisation de tout cet ensemble à la BBC qui a pris la décision d’adapter les 37 pièces de Shakespeare que la maison d’édition Montparnasse aura le plaisir de nous délivrer au fur et à mesure des mois prochains.
Espérons qu’elle poursuivra l’aventure avec les comédies du même auteur.
Grâce à ce travail, Shakespeare est encore présent, il nous offre encore aujourd’hui de profondes et joyeuses réflexions, ses idées sont restées contemporaines et il témoignera encore longtemps que « le monde est un théâtre. »
Pour terminer n’oublions pas de citer quelques-uns de comédiens et réalisateurs. Il est bien banal de dire qu’ils sont tous excellents. Réalisateurs : Jonathan Miller , Shaun Sutton, et Cédric Messina et des acteurs tels que : Anthony Hopkins, Alan Rickman, John Schrapnel ou Bob Hoskins.


Vous trouverez dans ce trésor aux éditions Montparnasse pour la modique somme de 40 € prix indicatif .
Pour tout renseignement :www.editionsmontparnasse.fr

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