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Critiques / Théâtre

Les Muses orphelines

par Marie-Laure Atinault

Huis clos et imaginaire

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Au théâtre Tristan Bernard, un souffle venu du nouveau monde ballait les planches poussiéreuses du conventionnel. Les Muses orphelines, de Michel-Marc Bouchard, est l’une des pièces québécoises les plus jouées au monde. L’histoire est celle de la réunion d’une fratrie atypique. Au début, on hésite entre Les Quatre filles du docteur March, saisies par la débauche, et Danser à Lughnasa, avec Madonna et Brian Friel. Catherine, la sœur aînée a remplacé la mère absente. Elle élève seule Isabelle, sa jeune sœur. Un poids et une responsabilité épuisante. Isabelle est décalée, attardée. La vie est dure au lac Saint Jean. Il y a les problèmes matériels, mais aussi l’opinion publique qui regarde de travers cette drôle de famille. Le père est mort depuis longtemps. La mère est partie vingt ans plus tôt pour suivre un bel hidalgo. En réaction, Luc, le seul frère, s’habille en andalouse. Martine, la seconde fille, s’est engagée dans l’armée et vit en mec. Les trois sœurs et le frère, après s’être recroquevillés sur eux-mêmes, ont fui leur passé et raté leur présent. Une nouvelle incroyable les a réunit. Est-ce un canular, une mauvaise farce ou une révolte ? Catherine se perd en conjecture. Mais ils sont tous les quatre réunis, eux des orphelins de l’amour.

Une langue pleine de tendresse et de violence

La prose de Michel-Marc Bouchard est célèbre au Québec. Il manipule la poésie brute et les images de l’enfance dans un style rocailleux et fleuri. Sa pièce Le Chemin des passes dangereuses nous avait emballés lors de sa présentation au Tilf. Il est rafraîchissant d’entendre cette langue pleine de tendresse et de violence, à fleur de verbe. La construction des phrases amuse une oreille du vieux continent. Elle réveille la compréhension et la signification perdue de certains mots. Ce spectacle a un charme fou. Les quatre comédiens jouent comme des virtuoses. Emmanuelle Bougerol est une Isabelle dérangeante, comme une poupée désarticulée. David Macquart a une présence fantastique. Les Muses orphelines est une pièce aux accents pleins de saveurs, inattendus comme un plat du terroir revisité. Didier Brengarth, lui, signe une mise en scène inspirée qui pointe l’humain avec une dimension baroque, dans ce huis clos à battant ouvert sur l’imaginaire.

Les Muses orphelines, de Michel-Marc Bouchard, mise en scène Didier Brengarth, avec Emmanuelle Bougerol, Stéphanie Colonna, Magaly Godenaire, David Macquart. Théâtre Tristan Bernard 01.45.22.08.40.

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