Les Mamelles de Tirésias de Francis Poulenc, Chostakovitch, Darius Milhaud et autres drôleries musicales

Délires Dada : poétiques et désopilants

Les Mamelles de Tirésias de Francis Poulenc, Chostakovitch, Darius Milhaud et autres drôleries musicales

Une piste mouvante faite de bric et de broc, un bar voyageur intitulé « Nothing Doing Bar », une danseuse chenue trottinante, des acrobates poivrots, un boxeur, une Joséphine Baker éphèbe le cul chocolat entouré de bananes d’or, un cheval à quatre jambes cabriolantes, un lapin blanc, un mini toutou en tutu… Pas de raton laveur mais une fantaisie débridée, des décors saugrenus, des costumes bouffons, tout un monde que Macha Makeïeff invente et anime en collages loufoques pour servir le surréalisme épique de Francis Poulenc et Guillaume Apollinaire.

Né en 1947 sur cette même scène de la salle Favart, l’opéra bouffe « Les Mamelles de Tirésias » de Francis Poulenc y revient et fait envoler ses attributs dans les cintres, sous la forme cette fois d’un soutien gorge à paillettes. Poulenc (1899-1963) avait découvert ces « Mamelles » baladeuses à l’âge de 17 ans au Conservatoire Maubel de Montmartre, sous la forme d’une pièce de théâtre que signait, un an avant sa mort, le poète Apollinaire (1880-1918). Les collages d’événements et d’actions y étaient si follement absurdes qu’ils suggérèrent à André Breton l’appellation « surréaliste ». Un mot qui avec les dadaïstes allait contaminer tout un train d’expressions artistiques et faire une sacrée carrière.

« Ecoutez, ô Français, la leçon de guerre et faites des enfants vous qui n’en faisaient guère » dit le directeur en guise de prologue. C’est l’axe autour duquel tourne un monde en folie que la première guerre mondiale a décimé. D’une guerre à l’autre c’est en 1947 que Poulenc mit la chose en musique avec ce bonheur de composer qu’il appelait « le suc de l’imprévu ». Poulenc, génie si français, prolifique et divers, capable de larmes et de grincements de dents, de compassion et de fronde, de La Voix Humaine aux Dialogues des Carmélites, en passant par Babar, et entre autres compositions, des Chansons Gaillardes, un Stabat Mater et des Mamelles de Tirésias

Entre Paris et Zanzibar

Entre la Seine à Paris et la scène à Zanzibar, Thérèse – la délicieuse soprano canadienne Hélène Guilmette - première féministe envoie balader ses nichons et son mari – le baryton Ivan Ludlow, incroyable de fantaisie et d’aplomb - se colle une moustache, devient Tirésias et part en guerre contre les machos. Le mari marri décide de devenir femme et lui faire concurrence en terme de maternité. Avec l’aide d’un gendarme amoureux – Werner van Mechelen, superbe baryton basse belge travesti en détective Colombo, cigare au bec, tignasse affalée et imper défraîchi - il réussit à mettre au monde 40.049 enfants en un seul jour .. Papa, papa, ça piaille autour de la ronde des biberons…

Plasticienne tendance installation, costumière à la Tati et d’autres joyeux styles, décoratrice du farfelu bien contrôlé, Macha Makeïeff, l’épouse de Jérôme Deschamps avec lequel elle fomenta les aventures et mésaventures de la famille Deschiens, sur scène et à la télévision, aime également se frotter à la mise en scène (Moscou,quartier de cerises ; L’Etoile ; Zampa, la Calisto, voir http://www.webthea.com/?Moscou-quartier-des-Cerises&var_mode=calcul, http://www.webthea.com/?L-Etoile-d-Emmanuel-Chabrier&var_mode=calcul, http://www.webthea.com/?Zampa-ou-la-fiancee-de-marbre-de&var_mode=calcul, http://www.webthea.com/?La-Calisto-de-Francesco-Cavalli&var_mode=calcul ) et va sous peu se frotter au jeu de la direction d’établissement public. Tandis que Jérôme continuera de diriger l’Opéra Comique à Paris, Macha, née à Marseille, s’en ira diriger le Théâtre National de la Criée sur le Vieux Port où elle vient d’être nommée pour y succéder à Jean-Louis Benoit.

Fondu enchaîné visuel et musical

A l’Opéra Comique, dans un décor unique, les mêmes costumes, les mêmes personnages, acrobates déjantés, ivrognes trapéziste et autres histrions ventrus, elle fait précéder ces Mamelles hilarantes aux couleurs du Grand Magic Circus d’autrefois, par le fox-trot de la suite pour orchestre de jazz n°1 de Chostakovitch et par l’irrésistible Bœuf sur le Toit de Darius Milhaud créé en 1920 et auquel Poulenc dédiera, un quart de siècle plus tard, ses Mamelles…Les musiques se succèdent dans une sorte de fondu enchaîné visuel et musical, où les collages s’accrochent les uns aux autres, dans une sorte de continuité libre où toutes les inspirations sont bienvenues.

A la tête de l’Orchestre et des chœurs de l’Opéra de Lyon, Ludovic Morlot en fait jaillir les couleurs, le swing et les coqs à l’âne facétieux, les danseurs bondissent en clowns acrobates, les chanteurs, Christophe Gay, Loïc Felix, Thomas Morris, Robert Horn, jouent les farces et attrapes. Bref 1h30 d’humour pétaradant et tendre dont on sort le sourire fendu jusqu’aux aux oreilles.

Les Mamelles de Tirésias de Francis Poulenc d’après Guillaume Apollinaire, précédé du Foxtrot de la suite pour orchestre de jazz n°1 de Dimitri Chostakovitch et du Bœuf sur le toit de Darius Milhaud. Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon, coproducteur, direction Ludovic Morlot, mise en scène, décors, costumes et accessoires Macha Makeïeff, lumières Pascal Mérat, chorégraphie Thomas Stache. Avec Hélène Guilmette, Ivan Ludlow, Werner Van Mechelen, Christophe Gay, Loïc Felix, Thomas Morris, Marc Molomot, Jeannette Fischer, Robert Horn et les danseurs Henri Bruère-Dawson, Romuald Bruneau, Loïc Consalvo, Braulio Do Nascimento Bandeira, Aurélien Mussard, Lilian Nguyen Duy Nguyen .

Paris - Opéra Comique, du 7 au 13 janvier .

Ne pas oublier : les Rumeurs traditionnelles de l’Opéra Comique, pour petits et grands, avec :

l’Histoire de Babar (samedi 8 et lundi 10 à 14h30),
le récital de Karen Yourc’h (le 9 à 11h, les 12 et 13 à 15h)
le récital de Karina Gauvin (le 11 à 20h)
Un concert Franz Brüggen (le 15 à 20h)
Sacha Guitry et la musique : Une causerie musicale animée par Benoît Dutertre (le 8 à 16h)
O mon bel Inconnu une comédie musicale de Reynaldo Hahn (les 20 & 21 à 20h)

08 25 01 01 23 – www.operacomique.com

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook