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Critiques / Comédie & Humour

Les Hommes. De et avec Stéphanie Bataille

par Stephen Bunard

Bataille guerroie contre les quinquas

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Ce qu’il y a de pénible avec les critiques de spectacles, c’est qu’ils s’évertuent à vouloir reconnaître chez les nouveaux humoristes les marques de style des anciens, comme s’il fallait ressembler à quelqu’un, à moins que l’angoisse de la prise de risque incite les petits nouveaux à emboîter le pas, plutôt qu’à innover. Stéphanie Bataille n’échappe pas à l’incontournable règle. Sa voix rauque - on apprendra ensuite avec regret que les aléas météorologiques en sont la principale cause - sa sensibilité contenue, son petit brin maso, son charme androgyne, sa tonalité exaspérée, son côté « grande gueule » fragile, sa voracité à arpenter la scène nous font penser à Muriel Robin. Pour le reste, Bataille affûte ses armes et ses arguments, peaufine sa tactique, sanglée dans son tailleur unicolore BCBG, consulte ses plans (sur la comète) et poignarde les hommes, quand ce n’est pas elle-même.

Les affres de la maîtresse délaissée

Stéphanie Bataille en pince pour les quinquas, mariés de préférence, fuyant les pubères timorés biberonnés au high-tech et les vieux célibataires repoussoirs. Naturellement, elle souffre. Beaucoup. Elle brosse les affres de la maîtresse délaissée, qui cimente à son insu les couples en dérive. Et c’est là, dans ses moments presque intimes, où elle nous fait sourire de son désespoir et nous attendrir de ses espoirs. C’est parfois un tantinet culpabilisant pour les hommes, mais l’autodérision sauve le spectacle d’un discours moralisateur. Malgré un sujet maintes fois cuit et recuit sur scène, Stéphanie Bataille ne donne pas dans la gaudriole et offre des moments de finesse aussi bien dans le jeu que dans l’écriture, tout en cognant sec.

Une énergie magnifique

Ainsi brocarde-t-elle les « bonnes copines », coaches improvisées d’un soir, leur compassion nunuche et leurs conseils percés. Son irréductible anticonformisme la fait pourfendre les fêtes de Noël et la famille valeur-refuge. Que la grande brune à l’énergie magnifique nous fasse visiter son intérieur, où s’accumulent les pièces rapportées et les souvenirs de ses ex, ou qu’elle se présente à un casting jubilatoire de scènes d’amour, elle accroche, car l’on sait avec elle que derrière le masque du rire, se profile celui de la mélancolie. Une fois de plus, les hommes ne sortent guère grandis de cet exercice qui ne se fait pas expiatoire pour eux, mais soulage plutôt leur compagne de voir les grossiers traits masculins si allègrement massacrés. Une fois n’est pas coutume, à défaut de gagner la guerre des sexes, à présent qu’on a croisé son chemin dans les tranchées de l’humour, l’essentiel est de ne pas perdre « la » Bataille.

Les Hommes, de et avec Stéphanie Bataille. Mise en scène : Roger Louret.
Au Petit Palais des Glaces - 01 48 03 11 36. Durée : 1 h 15. Jusqu’au 31/12/2005.

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