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Critiques / Théâtre

Les Grelots du fou

par Marie-Laure Atinault

Pirouette et stratagème

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Luigi Pirandello a bousculé le théâtre dans les arcanes de la psychanalyse. Ses pièces exposent des personnages à la psychologie complexe. La jalousie et la folie tiennent une place centrale dans son œuvre. La pièce présentée au théâtre du Vieux Colombier, jusqu’au 26 février, est plus connue sous le titre Le Bonnet du fou. Ginette Herry signe une nouvelle traduction de cette œuvre qui fut écrite en sicilien, en 1916, puis transposée en italien l’année suivante par Pirandello. Le titre sicilien est A birritta cu’i ciancianeddi. La traduction littérale en est Le Bonnet à grelots. L’emprise sicilienne est capitale dans cette pièce. La touffeur de l’intérieur cossu et bourgeois de la signora Beatrice Fiorica va être le siège d’un complot visant à démasquer un mari volage.

Un scandale qui embarrasse la bonne société

Beatrice est persuadée de son infortune. Elle élabore un stratagème pour que les coupables soient démasqués. Elle met dans la confidence son frère, joueur qui lui doit tant, et la Sarrasine, une entremetteuse aux pratiques un peu louches. La pièce maîtresse de cette partie d’échec où la dame n’aura pas le beau jeu est le laborieux Ciampa. L’homme est employé aux écritures. Il est sérieux, poli, obséquieux. Beatrice veut lui confier une course visant à l’éloigner. Mais Ciampa, s’il est un employé dévoué, est maître chez lui. Et le mari sicilien qu’il est enferme sa femme. Il confie la clef et sa femme à sa patronne. Ciampa est un homme conscient des convenances, des us et des nivelages sociaux. Si on lui laisse la parole, il se livre à des considérations philosophiques, pleines d’ambiguïtés. La Sicile est une société d’hommes. Les femmes y tiennent leur place si elles sont mères et leur tête couverte de voile noire. Beatrice a joué avec le feu en faisant éclater un scandale. Elle embarrasse la bonne société. Ciampa, l’ambiguë, l’aigrie, va d’une pirouette, avec un raisonnement hallucinant, retourner le scandale sur celle qui l’a provoqué.
Le monde de Pirandello est peuplé de femmes mises sous clef (A chacun sa vérité), d’hommes faussement humbles, de codes sociaux régis par une ignorance consentante. La folie faisait partie de son quotidien puisque son épouse dû être internée. Pirandello a su mieux que quiconque pointer le doigt sur les apparences, les faux-semblants dont il faut se méfier.

Une mise en scène pointue

Claude Stratz réalise une mise en scène pointue, laissant aux comédiens la part belle. Le spectateur suit pas à pas les méandres de l’esprit enfiévré de Beatrice qui veut faire éclater au grand jour son infortune. Dans le jeu des comédiens, la spirale affolée, l’imminence du drame qui se noue sont suggérées par le ton précipité et les mouvements de plus en plus rapides. Muriel Mayette incarne Beatrice mais dans cette mise en scène, l’infortunée épouse est antipathique immédiatement, on ne ressent aucune pitié pour elle. Est-ce dû à la mise en scène ou au texte ? Certainement pas à l’interprète. Alain Pralon est un Ciampa veule et terrible. D’un geste, d’une intonation, il donne à cet employé modèle toute la rancœur d’un être aigri et humilié, qui relève l’échine en retournant la situation comme un gant pour sauver son honneur. Alain Pralon est inquiétant, pitoyable, absolument magnifique.

Les Grelots du fou, de Luigi Pirandello, nouvelle traduction de Ginette Herry, mise en scène de Claude Stratz, avec Alain Pralon, Muriel Mayette, Jean-Pierre Michaël. Théâtre du Vieux Colombier, jusqu’au 26 février. Tél : 01 44 39 87 00/01.

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