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Critiques / Théâtre

Les Arpenteurs

par Jacky Viallon

Par-delà les chemins et les grèves

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« Par-delà les chemins et les grèves », nous pourrions effectivement sous-titrer ainsi la pièce par ce titre d’un petit roman peu connu de Flaubert. De fait, est qu’il y a quelque part, dans le style un ciselé à la Flaubert et l’on ne peut pas s’empêcher de penser aux personnages de Bouvard et Pécuchet, sortes d’anthropologues à la recherche de quêtes perdues. Les « Arpenteurs » , tels aussi de scrupuleux entomologistes dissèquent, découvrent et mettent à jour minutieusement tout un processus de recherche autour de l’histoire saugrenue d’un savant calcul permettant de définir le mètre universel en arpentant une fraction du méridien de Paris entre Dunkerque et Barcelone.

L’ensemble est narré tout en demi-teinte, immodérément précis et se jouant sur deux registres à la fois complémentaires et contradictoires : un registre lié à la crédibilité due au réel et l’autre jouant sur la fantaisie du fictif. L’équivoque règne en permanence sur le plateau, les comédiens bien assurés savent sauter d’une humeur à l’autre et se rattraper. Souvent le ton est si juste que l’on se demande si nous ne sommes pas en droit d’intervenir dans la conversation qui semble-t-il nous propose de tentantes ouvertures. Dommage, nous sommes trop timorés et en dehors de toute volonté la sacralisation naturelle du lieu nous frustre de cette intention. Discipline interne dans la cour du spectateur, tout reste bien trop souvent dans l’ordre, il est difficile pour lui d’enfreindre cet espace qu’est le plateau, heureusement qu’il a son imaginaire qu’il envoie sur scène en procurateur. On touche là une des magies du théâtre, d’ailleurs ça fonctionne bien sur ce plateau de l’Aquarium, le public se fait berner, promener et semble découvrir l’aventure en même temps que les comédiens, c’est ce que l’on pourrait appeler la confusion des plaisirs. Ces nobles comédiens nous renvoient tant d’énergie que toute cette dynamique suscite un immense respect de la part du public.

Il y a également derrière un numéro de jonglage assez étonnant entre le réel et le fictif, la narration glisse constamment entre ces deux lectures ou voir proposition et effectivement comme l’ensemble est annoncé dans sa facture comme une simple proposition cela offre aux spectateurs une certaine aisance à s’engager eux aussi dans l’aventure en offrant aux comédiens toute sa bienveillante crédulité.

C’est en ce sens que le spectacle est profondément original. Il est en plein fonctionnement dialectique et pour une fois, sans vouloir faire de la lecture « Brechtienne » à tout prix, on aborde réellement le phénomène distanciatoire au Théâtre.

Spectacle original à soutenir. Attention, si vous y envoyez votre écureuil qu’il se présente avec votre accord parental.

« Les Arpenteurs » par la revue Eclair : Corine Miret, Stéphane Olry ( conception , texte et mise en scène ) Théâtre de l’Aquarium jusqu’au 18 Déc. Du mercredi au Samedi à 20 h 30 et Dimanche 16 h tél : 01 43 74 99 61

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