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Critiques / Théâtre

Léonce et Léna

par Stéphane Bugat

Entre ironie et mélancolie

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Mort en 1837, à l’âge de 24 ans mais avec déjà quatre pièces (dont l’une inachevée) à son actif, quatre pièces d’ailleurs fort différentes les unes des autres, Georg Büchner n’en est pas moins devenu, notamment en France, un auteur de référence. Léonce et Léna est un conte. Le style fougueux et parfois acide de Büchner s’y exprime à merveille, mais son arrière plan est à la fois politique et philosophique. Dans un royaume de pacotille, le prince héritier s’enfuit pour échapper au mariage organisé avec la princesse du royaume voisin, qui, de son côté, en fait tout autant. Devenus anonymes, ils se rencontrent, s’aiment et se choisissent. Quelques détours plus tard tout rentre dans l’ordre et le Roi peut se consacrer à ce à quoi il aspire vraiment : penser.
"Prisonniers d’un univers d’automates et en proie à un inconsolable dégoût de vivre, les personnages de Léonce et Léna ressemblent étrangement aux jeunes gens de notre époque "post-moderne" : leur mélancolie, l’écrasement de toutes valeurs, l’ironie, le désengagement, la fascination pour l’image et le simulacre et, en même temps, tout le contraire, leur impatience, leur frénésie à saisir l’instant présent (...)." Telle est la grille de lecture à partir de laquelle Gilles Bouillon a conçu sa mise en scène. Pour autant, le caractère quelque peu schématique de la citation ne rend qu’imparfaitement compte d’un travail tout en nuances et en légèreté, cette légèreté qui, comme on le sait, oscille à merveille entre fantaisie et gravité. Tout y concours d’ailleurs, à commencer par la scénographie élégante et imaginative de Nathalie Holt. La distribution est au diapason. On signalera Sarah Capony, dont la Léna ne manque ni de charme ni d’étrangeté, mais surtout Pierre et Quentin Baillot, auxquels Gilles Bouillon donne l’occasion d’être père et fils, à la scène comme à la ville. Pierre en roi lunatique et bon enfant, Quentin en prince rêveur et fataliste, apportent ainsi une énergie et une utopie rayonnantes.
Voilà assurément, en cette fin d’année, le spectacle poétique et fédérateur que l’on recommandera aux familles qui veulent consacrer une soirée au théâtre plaisante et originale, sans se contenter du sempiternel classique ou de l’inévitable pochade de boulevard.

Léonce et Léna, de Georg Büchner, mise en scène Gilles Bouillon, avec Catherine Benhamou, Sarah Capony, Judith Sibony, Pierre Baillot, Quentin Baillot, Xavier Guittet, Loïc Houdré et Victor de Oliveira. Centre dramatique régional de Tours-Nouvel Olympia, jusqu’au 18 novembre. Tél : 02 47 64 50 50. Puis au théâtre Artistic-Athévains, à Paris, du 25 novembre au 23 décembre. Tél : 01 43 56 38 32.

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