Saint Denis – Théâtre Gérard Philipe jusqu’au 6 avril 2013

Le retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi

Le Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis fait peau neuve : une nouvelle salle pour un opéra magnifiquement revisité

 Le retour d'Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi

Les murs et structures du dynamique foyer culturel de la périphérie parisienne qu’est le Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis sont remis à neuf. Enfin ! Depuis quelques années, ce théâtre emblématique né en 1969, affichait de signes de fatigue, voire de délabrement. Il fut donc décidé de lui redonner un coup de jeune.

Deux années de concertation, une année de travaux pour un budget total de 4,5M€ (réunissant les apports de la ville, de l’Etat, de la région et du département) et le concours de l’architecte Nicole Concordet furent nécessaires.

Au terme : un hall d’entrée élargi, à circulation aérée, la grande salle Roger Blin équipée d’une volée de gradins confortables de bonne visibilité, la scène, les cintres dotés des techniques d’aujourd’hui, toutes sortes de conforts pour les spectateurs comme pour les acteurs et professionnels. Ni velours, ni dorures mais la chaleur du bois et les couleurs de la convivialité.

L’ensemble fut inauguré le jeudi 21 mars. A 85 ans, Jack Ralite, ancien ministre, ancien maire d’Aubervilliers, qui fut le premier à propulser l’implantation de lieux de culture dans les banlieues ouvrières du nord de la capitale, en retraça les étapes, les grands moments de créations et les têtes de pont, de Jacques Roussillon à Christophe Rauck l’actuel directeur et metteur en scène, l’homme qui introduisit l’opéra sur la scène de sa maison.

L’inauguration fut donc tout naturellement illustrée par une œuvre lyrique, ce Retour d’Ulysse dans sa Patrie de Monteverdi, complément du Couronnement de Poppée du même compositeur, qui, en janvier 2010, emporta tous les suffrages par sa beauté et sa cohérence musicale (voir WT Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi du 13 janvier 2010). Une réussite qui trace des ondes dans la mémoire.

Le retour d’Ulysse dans sa patrie puise son eau dans les mêmes sources : coproduction avec l’Arcal (atelier de recherche et de création pour l’art lyrique), association avec Les Paladins, l’orchestre labellisé musique ancienne, dirigé par Jérôme Corréas. Mise en scène, décors, costumes sont signés des mêmes Christophe Rauck, Aurélie Thomas, Coralie Sanvoisin. La troupe des jeunes chanteurs est redistribuée dans les différents personnages. C’est dire si, au milieu des nuages qui se gonflent sur les toiles peintes, sur les coups de vent qui soulèvent d’imaginaires marées, s’élèvent des effluves familiers. Les principes sont à l’identique, des éléments de décors simples (et poétiques) pour permettre une fluidité de passage entre les lieux, des costumes sans âge déterminé agrémenté d’accessoires qui leur confèrent leur identité. De l’or en plaques ou en perruques pour les dieux, des guenilles ou tenues de music hall pour les mortels, des faux ventres, des casques… Ulysse, le vaillant voyageur, peut y vivre ses aventures et ses rencontres avant de revenir au bercail retrouver sa fidèle Pénélope.

A découvert ou déguisé, le ténor Jérôme Billy incarne un Ulysse à la fois bonhomme et finaud, le timbre clair et la projection virile. Mezzo soprano voluptueuse Blandine Folio Peres transforme la longue attente de Pénélope en acte d’amour, Anouschka Lara interprète Télémaque comme gamin à peine pubère, Dorothée Lorthiois fait de Minerve une vamp autoritaire et drôlement sexy, en Iro rouquin ventru Matthieu Chapuis compose un être hybride désopilant… La direction d’acteurs joue le comique en finesse, la diction de la plupart des interprètes est joliment maîtrisée.

Le spectacle fut créé en janvier au théâtre Firmin Gémier – La Piscine de Chatenay-Malabry (voir WT Le retour de Monteverdi le compte-rendu de Christian Wasselin) d’où il partit pour une tournée qui l’amena à Saint Quentin-en-Yvelines et à Massy.

Lors de la première, à son arrivée à Saint-Denis, des embarras techniques perturbèrent le déroulement de la soirée – le décor du dernier acte mit longtemps à se mettre en place - et dans la fosse, face à ses Paladins et à leurs instruments anciens, Jérôme Corréas, ne réussissait pas ce soir-là à donner à Monteverdi, la vitalité enjouée qui est la marque de fabrique de sa musique et son habituelle façon de diriger..

On imagine sans peine que tout désormais est rentré dans l’ordre du plaisir.

Le retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi, orchestre les Paladins, direction Jérôme Corréas, mise en scène Christophe Rauck, scénographe Aurélie Thomas, Costumes Coralie Sanvoisin, lumières Olivier Oudiou, Avec Jérôme Billy, Blandine Folio Peres, Anouschka Lara, Jean-François Lombard, Françoise Masset, Dorothée Lorthiois, Carl Ghazarossian, Vigile Ancely, Dagmar Saskova, Matthieu Chapuis, Hadhoum Tunc.

Saint Denis – TGP du 21 mars au 6 avril 2013. En soirée à 19h30, le 31 mars à 16h.

01 48 13 70 00 – www.theatregerardphilipe.com

En tournée :
Opéra de Nice, le 31 mai, le 1er et le 2 juin à 20h

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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