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Critiques / Théâtre

"Le ravissement d’Adèle" et "Hop là ! Fascinus !"

par Marie-Laure Atinault

2008 (113ème année), un grand cru, un ravissement

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A Bussang, Vive le théâtre du Peuple !

L’été, Bussang, petite ville dans les Vosges, palpite d’une activité théâtrale qui est une institution. Maurice Pottecher, issu d’une famille d’industriels, créa le théâtre du Peuple en 1895. Il souhaitait offrir à ses ouvriers et à la population de Bussang des représentations théâtrales. Théâtre pour tous était son credo. Il fallait présenter des œuvres accessibles à un public qui n’avait pas la culture, ni l’habitude, ni les clefs pour apprécier les grandes pièces classiques. Maurice Pottecher écrivit des pièces puisant dans les légendes, les drames historiques, les contes. Il créa un répertoire agreste qui fut le pivot du théâtre du peuple. Autre heureuse initiative, des comédiens professionnels se mélangeaient avec des comédiens amateurs. Pas de barrière mais beaucoup de passion et de talent. Cent treize ans après, ce magnifique théâtre tout en bois est un rendez-vous qui rencontre toujours la ferveur du public. Pour les Bussenets aller au théâtre c’est une affaire de famille !
A Bussang, les personnes qui viennent au théâtre sont très bien accueillies et attirent la sympathie. Un état d’esprit qui change agréablement de certaines villes qui prennent le festivalier pour un intrus juste bon à être tondu. Ici, les commerçants, les hôteliers, nous demandent ce que nous avons pensé du spectacle et s’exclament : Vive le théâtre !

Pierre Guillois, sur les pas de Maurice Pottecher

De nos jours qu’il est rassurant et exaltant de rencontrer des gens de conviction et pour qui, être directeur d’un théâtre n’est pas qu’un moyen de se promouvoir, mais faire du théâtre avec conviction, de créer un lien social.
Pierre Guillois préside actuellement ce beau théâtre du Peuple. Il renoue avec l’esprit de Maurice Pottecher. Très impliqué dans la mission qui lui a été confiée, il vit à Bussang. Cette proximité avec la population est pour lui indispensable au bon fonctionnement du théâtre. Il se pose de bonnes et saines questions, à savoir pourquoi la population locale ne venait plus en nombre dans leur théâtre. Pourquoi certains spectacles n’avaient pas répondus à leurs attentes. Le choix des pièces se doit d’être non seulement judicieux mais aussi de respecter un cahier des charges très précis : la pièce doit être populaire, avoir une nombreuse distribution pour permettre le mélange d’acteurs professionnels et amateurs et, condition sine qua non, la mise en scène doit ménager le moment tant attendu du public : l’ouverture des portes du fond de scène. Un moment magique, attendu, espéré, qui soulève toujours un AH admiratif et un OH d’étonnement, pour les nouveaux spectateurs.
Dans la grande tradition de Bussang, Pierre Guillois a commandé une pièce originale à l’un de nos auteurs qui a le vent en poupe, Rémi De Vos. Avec une grande malice il s’est inspiré du lieu de création. La pièce multiplie les lieux de l’action et les personnages, le tout mis à la sauce policière tellement en vogue sur les télévisions du monde entier. Mais ici il n’y aura pas l’intervention des Experts ou autres scientifiques de l’empreinte, mais un bon policier qui avoisine avec l’inspecteur Toutou ou ce gaffeur de Clouseau. Voici un bref résumé de la pièce cousue main avec humour par Rémi De Vos.

Le ravissement d’Adèle

La jeune Adèle Bertolet a disparu. Le village est en émoi. Des battues sont organisées dans la forêt avoisinante. Michel Bertolet, déjà affligé par la disparition de sa fille, voit débarquer sa mère. Cette dernière n’aime pas sa belle fille Stéphanie. L’inspecteur Corentin Falière mène mollement l’enquête. Il cherche à réunir un « faisceau de preuves concordantes ». La réunification s’avère laborieuse, il est tombé amoureux de l’institutrice. La disparition d’Adèle anime non seulement les conversations, mais déclenche une épidémie de suspicion. Et si le coupable c’était le voisin ? Du boucher grande gueule, au jardinier un peu simplet tous les habitants sont des coupables potentiels. La grand-mère d’Adèle se prend pour Miss Marple et mène l’enquête sur le terrain. Pendant ce temps là, Serge Brochant, retraité, tente d’entamer une carrière de tueur, il veut tuer son épouse. Il passe en revue toutes les possibilités que lui offre ses outils pour trucider sa fée du logis. Gaëtan un jeune zonard est pour un certain temps le coupable idéal ; Il mettra une mauvaise volonté à être accusé sans preuve. On ne peut pas compter sur les jeunes !
Qui a enlevé Adèle ? Le boucher ? Jean-Guy ? Gaétan ? Sa belle-mère ?
Qui découvrira le coupable, Luce la grand-mère détective ou Corentin Falière et son manque de flair ? 

Pierre Guillois a magnifiquement mis en scène cette férocerie villageoise. Il a investi tout le plateau, les différents lieux du village sont bien définis, les habitations, la boutique du boucher et le commissariat sont présentés comme des maisons de poupées que l’on peut ouvrir ou qui n’ont pas de quatrième mur. Le fond de scène sera ouvert toute la première partie pour la plus grande joie du public. Il se passe sans arrêt quelque chose sur le plateau ; point de chaos dans cette mise en scène où tout est agencé, ordonné, calibré par une grande technique tout en laissant aux comédiens la possibilité de s’exprimer. Olivier Martin-Salvan, comédien caméléon et « multicarte », interprète un savoureux commissaire amoureux et fait un bœuf (improvisation musicale) mémorable pour ouvrir la deuxième partie. Dominique Parent est un boucher plus vrai que nature. Les comédiens non-professionnels sont pour certains tout à fait étonnants, déconcertants de talent. Il est à parier que vous aurez quelque peine à faire la part des choses. Ce spectacle mériterait une tournée tant il est réussi et qu’il procure un réel plaisir, voire un ravissement !

Entracte

Un petit tour à la buvette où vous pourrez déguster du vin blanc bien frais et une tarte aux myrtilles. Laissez-vous tenter par la librairie, il faut acheter le programme très original, qui présente la distribution sous forme de jeu de l’oie et le traditionnel coussin pour amollir l’assisse drastique des bancs en bois avant d’affronter la soirée.

Hop là ! Fascinus ! cabaret allumé

Pierre Guillois a réuni trois compagnies aux univers différents : le Cheptel Aléïkoum qui défie les lois de l’apesanteur avec l’étonnante Charlotte Rigaud, la compagnie Octavio dirigée par Gilles Ostrowsky inégalable en ours et la Compagnie Les possédés, théâtre à texte qui seront nos mariés. Il souhaitait un cabaret décalé, brassant les spécificités de chaque compagnie pour un spectacle fédérateur et follement drôle. Le pari est plus que réussi, il est exemplaire de ce que l’on peut faire avec une conjugaison de talent. Le spectacle commence avant le spectacle, avec une voix Off. Chapeau à l’équipe technique qui a entièrement changé l’intérieur du théâtre, et débarrasser le plateau. Dès le début on est cueilli par l’humour, les gags, les effets allumés. C’est drôle, bon enfant et parfois très grave sur la relation de couple. Parfois très inquiétant sur la prise d’un bain, on ne parlera jamais assez des pieuvres géantes à Bussang ! Racontez le spectacle équivaudrait à faire un inventaire à la Prévert : un ours et une chanteuse, des retombées élastiques, une mariée pas encore mariée, un chevalier en armure etc.……
Le plus extraordinaire de Hop là Fascinus n’est pas tant qu’ils aient répété que quinze jours avant la première, mais qu’en les voyant entre deux éclats de rire, est de penser qu’ils ont fait chacun une partie et que cette partie fait un tout.
Pierre Guillois a redonné au théâtre du Peuple, un cœur qui bat la chanson du talent. Un an à attendre pour revenir à Bussang, cela va être long mais l’on pourra voir Hop là ! Fascinus cabaret allumé, à la Villette.

Le ravissement d’Adèle, texte de Rémi De Vos mise en scène Pierre Guillois, avec Elsa Bouchain, Olga Grunberg, Olivier Martin-Salvan, Dominique Parent et les comédiens amateurs du Théâtre du Peuple
à 15H

Hop là ! Fascinus ! cabaret allumé, création collective sur une idée originale de Pierre Guillois par le Cheptel Aléïkoum, les Octavio, la compagnie les Possédées. Création le 1er Aout le soir à 20H30
Théâtre du Peuple de Bussang 03 29 61 50 48

www.theatredupeuple.com

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