Accueil > Le partage de midi de Paul Claudel

Critiques / Festival

Le partage de midi de Paul Claudel

par Marie-Laure Atinault

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Ysé, ma belle Ysé ne vois-tu rien venir ?

Valérie Dréville désirait depuis longtemps jouer Ysé. Le festival d’Avignon lui offre enfin la possibilité d’être l’héroïne claudélienne. Le projet est singulier puisqu’elle propose à Jean-François Sivadier d’être de cette aventure. Nicolas Bouchaud et Gaël Baron rejoignent l’équipe et, très vite ils décident de faire un travail collectif sous le regard de Charlotte Clamens. Démarche singulière, où les comédiens sont à la fois metteurs en scène et spectateurs : Ainsi, « les cartes sont données ».

Une aventure collective pour un projet singulier

Ils choisissent la Carrière Boulbon. Ce lieu décidera d’une scénographie spécifique, en faisant un véritable spectacle créé pour le festival et non pas un spectacle déjà formaté pour une tournée future. Ce que les spectateurs verront à Boulbon ils ne le verront pas dans les autres lieux où le spectacle sera représenté dans l’année. Autre singularité, le spectacle est joué durant tout le festival.
Les comédiens- metteurs en scène ont décidé de laisser les personnages dans une intemporalité moderne, pas de costumes d’époque, pas de rocking-chair, pas de meubles coloniaux. Par contre, ils utilisent à fond la carte du lieu, exploitant la muraille, allant jusqu’à nous faire croire à un éboulement. La carrière devient décor, les petites lumières enfouies dans le sable créent un cimetière chinois mémorable. La minéralité du lieu convient parfaitement au chant Claudélien.
La recherche du « bien dire » de Claudel est un travail qui ne peut pas suivre les chemins habituels de l’exploration du répertoire. Le verbe Claudélien est retors, difficile, exigeant. Il aime utiliser toutes les facettes d’un mot, lui collant ainsi un souffle qui nécessite une écoute sans faille. Le comédien Claudélien n’a pas les habituels garde-fous de la mémoire, il doit savoir son texte au « rasoir ». S’il chute, il risque de se couper. Pire encore, il peut se perdre et perdre ses partenaires. Ici, on entend merveilleusement bien le texte, plus encore, on le respire à l’unisson de la troupe du midi (ainsi nous nommerons le collectif des comédiens du Partage).
Rarement Claudel a été aussi bien dit et compris.
Ysé, est-elle véritablement une héroïne ? Elle avoue un constat d’échec, on ne comprend pas bien pourquoi elle a choisi De Ciz, terne et inconsistant face à un Amalric qui a tout d’un Rhett Butler, un aventurier charmeur et dangereux, ou de Mesa au charme brûlant. Tous sont des insatisfaits de leur destin et tous viennent en Chine pour des desseins inavouables. Claudel crée des personnages qui peuvent être détestables, mais quelle femme ne suivrait pas Amalric au lieu de rester avec De Ciz ?
Jean-François Sivadier est un Mesa éblouissant dans le monologue de la fin. Il fait frémir la carrière et les spectateurs sont suspendus à ses lèvres, même si certains ne sont pas complètement convaincus. Valérie Dréville - Ysé sensible, insupportable et capricieuse - a réalisé son rêve. Nicolas Bouchaud, après un Roi Lear historique, est un Amalric qui a l’élégance vénéneuse d’un aventurier dont le pied d’argile est un amour de jeunesse.
Beau et envoutant, ce "Partage" est une aventure unique dans le théâtre français, et nous serons présents pour la suite des représentations dans les autres théâtres.

Le partage de midi de Paul Claudel
mise en scène Gaël Baron, Nicolas Bouchaud, Charlotte Clamens, Valérie Dréville, Jean-François Sivadier
avec Gaël Baron, Nicolas Bouchaud, Valérie Dréville, Jean-François Sivadier
à la Carrière Boulbon à 21h30
jusqu’au 26 juillet

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.