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Critiques / Opéra & Classique

Le Voyage à Reims

par Caroline Alexander

Une production de légende

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Une mise en scène d’opéra peut-elle se bonifier avec le temps comme le bon vin ? La pétulance de celle dont Luca Ronconi imprégna, il y a vingt ans, Le Voyage à Reims de Rossini pourrait servir de preuve formelle. Non seulement la production n’a pas pris une ride mais elle s’impose par une jeunesse devenue quasi intemporelle. Créée en 1984 au Festival Rossini de Pesaro, elle ressuscitait une œuvre pratiquement tombée dans les oubliettes parce que trop difficile à monter, à financer... Mi-cantate, mi-opéra, premier opus parisien d’un Rossini au faîte de sa gloire, Il Viaggio a Reims fut composé à la mesure vocale des plus prestigieuses divas de l’époque distribuant aux dix huit rôles solistes dix huit morceaux de bravoure dont la virtuosité rossinienne avait le secret. Si l’on ajoute à ces exigences de prouesse, un livret insignifiant, on comprend que même lors de sa création au Théâtre Italien de Paris le 19 juin 1825, le « dramma giocoso » dédié au couronnement du Roi Charles X, ne connut guère de longue carrière.

Amourettes et petites intrigues

On y parle déjà de l’Europe mais sur un ton goguenard, entre hommage obligé aux nations, et clin d’œil malicieux à leurs représentants... De fait ce Voyage à Reims qui rassemble une poignée d’aristocrates accourus des quatre coins du continent pour assister à un couronnement royal, n’aura pas lieu. La diligence qui achemine ce joli monde vers la capitale de la Champagne est tombée en panne à Plombières-les-Bains, où l’Auberge du Lys d’Or, établissement thermal, se charge d’accueillir et de soigner les voyageurs. Amourettes et petites intrigues font révéler à chacun les couleurs de ses origines et le gourmand Rossini s’en lécha sûrement les babines (musicales). Avec des thèmes empruntés à son cher Barbier de Séville, et d’autres qui resserviront plus tard à son Comte Ory. Un feu d’artifices qui s’achève sur un morceau à 14 voix, final de réconciliation qui fait festoyer sur place les curistes malgré eux. A la santé du roi !

L’intelligence des partis pris

Caméras dans la salle et au dehors, écrans géants sur scène, personnages surgissant de la salle, chœur occupant les loges d’avant-scène : tout ce qui, il y a vingt ans, faisait figure de révolution scénique - et provoqua même des batailles rangées à la Scala de Milan - est entré dans les mœurs et habitudes. L’effet de surprise ne fonctionne donc plus, mais reste l’intelligence des partis pris, leur justesse dramatique et musicale et l’allégresse générale qui en découle. La production devenue légendaire a voyagé de Rome à Vienne, de Berlin à Tokyo - sans jamais passer par la France ! -, mais il ne s’agit jamais, ici ou là, d’une simple reprise. Chaque fois, l’aventure est différente. Le cortège royal est filmé sur place, projeté sur les écrans, et aboutit au final en « life » directement dans la salle. C’est d’une irrésistible drôlerie et à Bruxelles les spectateurs se régalaient en reconnaissant les étapes d’un parcours partant de sa célèbre Grand Place pour arriver sur le parvis puis à l’intérieur même de la Monnaie en passant par les Galeries Royales Saint Hubert, ses boutiques et ses cafés.

Une joie de chanter contagieuse

Un ravissant numéro de marionnettes en tutus remplacent le ballet imposé. Rani Calderon, jeune chef israélien, fait quasiment danser les pupitres de l’Orchestre Symphonique de La Monnaie, d’où s’échappent en direct sur scènes deux solistes pour harpe et flûte traversière. Les quinze chanteurs réunis n’ont pas tous les pointures idéales pour les invraisemblables numéros de vocalises et de coloratures exigés, mais ils s’en dépatouillent avec une joie de chanter contagieuse. La distribution est double et joue en alternance, comme de coutume à La Monnaie. Le soir de la première, Désirée Rancatore en comtesse de Folleville fut irrésistible, Giovanni Furlanetto campa un Don Profundo dans la droite ligne de Figaro, Carmela Remigio orna d’humour les aigus soyeux de Corinna, la muse et Bruno Pratico fit du baron de Trombonok un délectable bouffon. Qu’attend-on pour accueillir enfin à Paris ce petit joyau ?

Il Viaggio a Reims de Gioachino Rossini, orchestre symphonique et chœurs de La Monnaie, direction Rani Calderon, mise en scène Luca Ronconi, décors Gae Aulenti, costumes Giovanna Buzzi, vidéos Manuella Crivelli. Avec, entre autres et en alternance, Carmela Remigio, Maite Beaumont, Désirée Rancatore, Alexandrina Pendatschanska, Riccardo Botta, Giovanni Furlanetto, Michele Pertusin Lawrence Brownlee, Bruno Pratico, Riccardo Novaro, Shadi Torbey... Théâtre Royal de La Monnaie à Bruxelles, les 27,29,30 octobre, 2,4,6,8,9,11,12 & 13 novembre.

Photo : Johan Jacobs

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