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Critiques / Théâtre

Le Tour du Monde en 80 jours

par Marie-Laure Atinault

Un voyage échevelé

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Les Anglais aiment parler. La perfide Albion est le royaume des bookmakers. Le placide Phileas Fogg n’échappe pas à cette funeste tendance. Le voilà embarqué dans une aventure trépidante loin de l’ambiance feutrée du très select Reform Club de Londres. L’objet de ce pari insensé : faire le tour du monde en 80 jours et cela grâce aux avancées technologiques du Great Britain Peninsular Railway entre Rothal et Allahabad.
Sitôt parié (une bagatelle de 20 000 livres, une fortune !) sitôt embarqué. Phileas Fogg est escorté par son nouveau domestique français, ce dernier en quête d’une place stable et tranquille ! Le justement nommé Passepartout et son maître vont parcourir la planète en utilisant les moyens de transport les plus performants : train express, paquebot, éléphant, chameau, etc. Phileas Fogg le gentleman et passe-partout, le débrouillard vont affronter une horde de Tuggs les étrangleurs de la déesse Kali, un troupeau de bisons, des sioux, des cow-boys, sans compter les manigances de Fix l’inspecteur de police le moins futé de l’Empire.

Cinq comédiens interprétant 38 personnages

Depuis 1873, ce roman a fait le tour du monde. Jules Verne a fait rêver des générations de voyageurs de tout âge. Ce roman riche en rebondissements a suscité dès sa parution une adaptation théâtrale qui tiendra l’affiche deux ans. Depuis, le cinéma, la télévision et l’animation se sont également emparés de cette histoire mondiale. Mais comment faire tenir quatre continents, trois océans, une flopée de figurants sans avoir les moyens du Châtelet des années cinquante ou du grand Stade de France. Face à ce problème économique et logistique, Sébastien Azzopardi a pris le contre-pied de la multitude par la qualité. Cinq comédiens interpréteront les 38 personnages et les centaines de figurants. Le décor imaginé par Olivier Prost aura tous les visages de la Terre. Un simple petit théâtre de tréteaux, des rideaux coulissants. Les cinq comédiens soudés comme les doigts d’une main nous entraînent dans un voyage échevelé digne des aventures de Tintin. Les costumes donnent la couleur locale, des accessoires simples transforment le castelet en fumerie d’opium, en jungle, en train et en club.

Le Tour du Monde en 75 minutes

Si Phileas Fogg calcule frénétiquement les correspondances pour gagner son pari, Sébastien Azzopardi a une horloge dans le ventre. Tout est minuté au quart de poil et il fait mieux que notre gentleman globe trotter et fait le tour du monde en 75 minutes ! Dans son adaptation, avec l’aide de Sacha Danino, Sébastien Azzopardi a misé sur l’exotisme et les stéréotypes coutumiers. Phileas est un modèle de gentleman et de flegme britannique. Yan Mercoeur, grand et mince, à la démarche très personnelle, compose un Anglais imperturbable. Passe-partout, le français bavard, curieux et débrouillard a les traits de Gilles-Vincent Kapps. Il est un valet tonique qui ne rechigne pas sur les heures supplémentaires. Romain Canard c’est le Quai d’Orsay à lui tout seul, il est le consul universel. Elisa Sergent et Réjane Lefoul interprètent en alternance Aouda, la belle hindoue qui fera perdre son flegme à Phileas. Alexandre Guilbaud n’a pas d’emploi, il les a tous ! Ce capitaliste de personnage saute d’un rôle à l’autre avec une fantaisie roborative. Tous les comédiens interprètent plusieurs rôles avec maestria. Le sauvetage d’Aouda est un sommet : des effets spéciaux, de l’émotion, un éléphant très sympathique, des centaines de Tuggs pas sympathiques du tout. La scène entre les deux gardiens Tuggs est hilarante. La rencontre de Fogg et des garçons vaches ou cowboys, c’est le choc des mondes ! Ils marchent avec difficulté, les cowboys de la montagne. Ce texte est émaillé de clins d’œil, d’apartés, de gags. On devine que l’équipe est constituée de Tintinophiles avertis ! Les cinq comédiens sont des virtuoses du changement d’ambiance. Ils s’amusent beaucoup et nous aussi. Ce tour du monde pour petits et grands est drôle, inventif, tonique, un vrai voyage en première classe.

Le Tour du Monde en 80 jours de Jules Verne, adaptation de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino, mise en scène Sébastien Azzopardi, avec les comédiens Yan Mercoeur, Gilles-Vincent Kapps, Alexandre Guilbaud, Gaëtan Aubry ou Romain Canard, Les comédiennes Elisa Sergent ou Réjane Lefoul, Au Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris, Tél 01 45 44 57 34, www.lucernaire.fr, jusqu’au 17 septembre 2006 à 21h30, Dimanche 15h (jusqu’au 25juin).

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