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Critiques / Théâtre

Le Roi se meurt

par Jacky Viallon

Un parcours mystique et initiatique

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Sur le grand échiquier de la scène du théâtre de l’épée de bois, on peut voir un étrange Roi se meurt, d’Eugène Ionesco. Encore un roi qui se meurt direz-vous ? Oui, mais là il se meurt différemment, dans une dimension mystique, avec des soubresauts retraçant des restes de cérémonie impossible. Marcos Malavia, le metteur en scène d’origine bolivienne, a su trouver par sa culture mystique et psychanalytique une sorte de parcours inhabituel qu’il impose au roi Bérenger 1er en état de mort avancée. La facture de la mise en scène n’est pas sans nous rappeler les lents défilés violents, saccadés et hésitants des personnages de Tadeusz Kantor qui semblent remonter du fond de la terre et de la mémoire, tels des spectres. Dans la version de Marcos Malavia, il y a, comme chez Kantor et Antonin Artaud, cette fascination spectaculaire pour le théâtre de la mort. Le roi se meurt tout au bout d’une sorte de parcours initiatique. Mais cette mort-là est loin d’être tragique. Elle serait presque la récompense d’une vie qui a su trouver son équilibre entre l’instinct de vie et le désir de mort, dualisme pulsionnel qui fait avancer le roi dans sa journée et vers sa ligne de fuite et non pas vers sa vraie mort puisqu’il clame : « je veux vivre encore, toujours vivre, je veux également être et mourir ».

Un minutieux travail de rétention et de détention

Il tentera donc d’étirer cette mort dans le temps afin qu’elle soit présente puisque nécessaire, mais jamais omniprésente parce que par sublimation elle est probablement inaccessible. On rejoint là, bien évidemment, la mystique orientale, hindouiste, Marcos Malavia en est fortement inspiré et cela donne à son jeu, puisqu’il incarne lui-même le roi Béranger, une dimension troublante.
Contradictoirement, on a à faire à un acteur qui intériorise son émotion tout en l’exposant à une brusque et possible émergence. Il y a ainsi, pour cet acteur, un minutieux travail de rétention et de détention. Il évolue dans son parcours scénique avec une dignité chancelante et fragile. Au-delà de cette apparence, on pressent une force intérieure qui donne au personnage une grande densité théâtrale et ...dramaturgique. Bref, si on est disponible, c’est un beau moment d’intelligence et de sensibilité.

Le Roi se meurt, d’Eugène Ionesco. Mise en scène de Marcos Malavia. Avec : Claude Bernhart, Jean-Philippe Boucher, Assiata Camara, Marcos Malavia, Muriel Roland, Renata Scant. Scénographie et lumières : Valérie Foury, Eric Priano. Costumes : Kinga Kosakowska. Théâtre de l’Epée de Bois, Cartoucherie de Vincennes, Paris 12e. Jusqu’au 26 mars, du mardi au samedi, à 20h 30. Réservation : 01 48 08 39 74.

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